Les Pyrénées sous le feu du réchauffement

Le 12 novembre 2018 par Romain Loury
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Les Pyrénées ariégeoises
Les Pyrénées ariégeoises
OPCC

Dans les Pyrénées, les conséquences du réchauffement se font toujours plus visibles. Dans un rapport publié lundi 12 novembre, l’Observatoire pyrénéen du changement climatique (OPCC) dresse un tableau très inquiétant, à tous points de vue.

Publié lundi en marge d’une conférence organisée à Saragosse (Espagne) par l’OPCC, ce rapport de 150 pages, intitulé «Le changement climatique dans les Pyrénées: impacts, vulnérabilités et adaptation», dresse une liste des conséquences déjà visibles et à venir du réchauffement dans cette chaîne montagneuse. Et ce aussi bien sur les prévisions climatiques elles-mêmes que sur ses effets écosystémiques (faune, flore, forêts, lacs et tourbières), hydriques, touristiques, agricoles et énergétiques. Ce qui n’est pas sans rappeler le rapport Acclimaterra publié en juin sur la Nouvelle-Aquitaine.

Instauré en 2010, l’Observatoire pyrénéen du changement climatique (OPCC) est placé sous l’égide de la Communauté de travail des Pyrénées, un organisme de coopération transfrontalière qui comprend les régions françaises et espagnoles situées de part et d’autre de la frontière, ainsi qu’Andorre. Le rapport publié lundi est le fruit d’une collaboration d’une centaine de chercheurs et experts français et espagnols.

Un réchauffement rapide

La situation est déjà fort inquiétante: la température moyenne s’est élevée de 1,2°C dans les Pyrénées entre 1949 et 2010, contre +0,85°C pour la température moyenne mondiale. En été comme en hiver, on observe sur cette période une baisse des précipitations de l’ordre de 2,5% par décennie.

En cas de scénario climatique «business as usual», ceux dénommés RCP8.5 par le Giec (1), la hausse de température moyenne, par rapport à la période 1961-1990, serait comprise entre +2°C et +4°C à l’horizon 2050, et entre +4,3°C et +7,1°C en 2100.

Le bouleversement des paysages pyrénéens est déjà largement à l’œuvre: «entre 1984 et 2016, plus de la moitié des glaciers pyrénéens ont disparu et ceux qui sont encore là ont vu leur masse et leur superficie diminuer considérablement sous l’effet d’un recul accéléré», expliquent les experts.

Faune et flore fuient en altitude

Le fonctionnement des écosystèmes présente lui aussi des signes de surchauffe: déclin des calotritons (des amphibiens pyrénéens) qui coïncide avec les années d’évènements climatiques extrêmes (crues, sécheresse), oiseaux migrateurs qui arrivent en avance (+0,16 jour/an), espèces qui migrent en altitude (+11 mètres par décennie) au risque de voir leur aire de répartition se fragmenter –les corridors n’assurant plus les connexions-, désynchronisation entre oiseaux insectivores et insectes…

Idem pour les plantes, qui débourrent plus tôt et disposent d’une plus grande période de croissance. Plusieurs travaux ont observé une «thermophilisation» de la flore, à savoir la présence accrue de plantes ayant besoin de chaleur, au détriment de celles ayant besoin de fraîcheur. Quant aux forêts, leur front s’est élevé de 35 mètres au cours des 50 dernières années. Elles sont non seulement menacées par l’arrivée de nouveaux pathogènes, mais aussi par des sécheresses plus fréquentes et le risque d’incendie qui en découle.

Les sports d’hiver très menacés

Côté activités humaines, le bilan est mitigé. En particulier sur l’agriculture, avec d’une part une meilleure croissance végétale et moins de gelées, mais aussi plus de pathogènes des cultures et un risque accru de sécheresse.

Quant aux sports d’hiver, ils sont déjà en très mauvaise posture: dans les stations de basse altitude, le nombre de jours skiables a diminué de 5% à 70% entre 1960 et 2010, tandis qu’il a baissé de 4% à 20% dans celles de moyenne altitude. A l’inverse, «le réchauffement progressif, et plus particulièrement les températures plus douces en automne et au printemps, pourraient entraîner un prolongement de la saison du tourisme de montagne dans les Pyrénées», expliquent les chercheurs.

(1) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat



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