Les poulettes à l’étroit dans les cages-batteries

Le 03 février 2014 par Marine Jobert
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Des poules pondeuses en cage.
Des poules pondeuses en cage.
©L214

En 1968, elles étaient 35.000. Demain, seront-elles près de 700.000 à caqueter sous les hangars de la ferme Schafbusch, à quelques kilomètres de Wissembourg (Bas-Rhin)? C’est le projet que poursuit Jean-Marc Hégé, le gérant de l’entreprise, qui a déposé un dossier de demande d’extension de ses actuels poulaillers. Objectif: passer de 306.000 à 692.000 poulettes, ces futures poules pondeuses[1] grandies en batterie pour être revendues, à l’âge de 18 semaines, à des producteurs d’œufs. Le Conseil de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Codesrt) doit se prononcer le 5 février prochain sur le dossier d’autorisation, qui a déjà recueilli un avis favorable du commissaire-enquêteur à l’issue de l’enquête publique.

 

 L’association Alsace Nature dénonce l’extension de cette usine qui favorise «le système des cages-batteries, lequel pose un problème éthique; [ce système] ne pourra jamais répondre aux besoins comportementaux des poules et les prive de tout contact avec le milieu naturel (soleil, pluie, végétation, petites proies…)». «[Les producteurs] investissent dans près de 120.000 cages-batteries, ce qui signifie qu’ils tablent sur la pérennisation d’un système qu’on voudrait voir disparaître», explique Anne Vonesch, d’Alsace Nature. Concrètement, assure-t-elle, cela revient à allouer l’espace d’une feuille A4 à deux poules.

 

Au-delà des problèmes de nuisance olfactive pour le voisinage ou du devenir des fientes ammoniaquées des gallinacées (qui seront épandues et compostées), l’association demande, «dans le cadre du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) 2014-2020 que la région Alsace adopte des aides pour le bien-être animal supérieures aux normes minimales. C’est possible, en particulier pour les aides aux bâtiments d’élevage». Des demandes d’articulation avec le volet environnemental de la politique agricole commune sont également sur la table. Mais ces souhaits, jusqu’ici, n’ont pas été pris en compte par l’exécutif régional.

 

Un état de fait qui n’étonne pas l’association alsacienne. Le plus grand «poulailler» de la région est sis à Preuschdorf (Bas-Rhin), dont le maire n’est autre que le président du conseil régional. «Jean-Dominique Kennel remettait, en juillet 2009, l’insigne de chevalier du mérite agricole à Alfred Zacher, le dirigeant de cette usine qui pérennise, elle aussi, le système de cages-batteries», rappelle Anne Vonesch. Mais la référente «bien-être animal» pour France Nature Environnement ne désespère pas et incite la Région a soutenir le bien-être animal à travers les soutiens financiers qu’elle octroie.

 

Car il est peu probable que ce soient les consommateurs qui fassent pression sur les producteurs pour que ceux-ci changent leurs pratiques. Quand des associations comme L214 parviennent, par l’information et des manifestations, à faire plier des enseignes de grande distribution pour que celles-ci ne distribuent plus d’œufs de poules élevées en batterie, qui se soucie du sort premier des poulettes? «Leur mode d’élevage n’apparaît pas sur la boîte d’œufs, il n’y a aucune visibilité», confirme Brigitte Gothière, de l’association L214. Avec l’entrée en vigueur, au 1er janvier 2012, d’une directive sur le bien-être animal, les producteurs obligés de renouveler leurs cages en ont profité pour agrandir leurs exploitations. «Ces extensions sont inquiétantes, car cela signifie qu’il y a toujours une demande.» Récemment, le projet porté par le groupe agro-alimentaire breton Glon de quadruplement d’un poulailler industriel a toutefois été abandonné. «Nous avions reçu l'autorisation -tardive- de construire les (deux) nouveaux bâtiments. Mais au moment où elle est arrivée, l'évolution du contexte de la production d'œufs avait tellement changé que le projet n'avait plus lieu d'être», expliquait récemment la chargée de la communication du groupe au Journal de Saône-et-Loire.

 

Si le projet picard de ferme des 1.000 vaches semble tourner court, les extensions d’exploitations avicoles ne suscitent pas les mêmes réactions dans la population. «Les grosses exploitations de volaille de ce type ne sont pas un phénomène récent», explique Brigitte Gothière, qui note que la «ferme des 1.000 vaches» est un contre-exemple de mobilisation face à ce genre de projets industriels, le plus souvent accueillis dans l’indifférence. Dans les Deux-Sèvres, le quasi-quadruplement d’un poulailler (passage d'une production annuelle de 94.500 à 341.240 équivalents volailles) suscite pourtant de vives réactions. L’enquête publique est achevée, le commissaire-enquêteur a rendu un avis favorable; le Codesrt devrait se réunir en mai. «C’est une agression contre notre territoire. Nous devons faire entendre à l’administration notre opposition et fédérer l’opposition des élus et de la population», explique Francis Jadeau, le président de Bon Vent 79. L’association locale appelle à manifester le 15 février.



[1] Elles pondront environ 300 œufs dans leur (très) courte vie, avant d’être envoyées à l’abattoir après un an de production.

 



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