Les potagers urbains à l’épreuve des villes polluées

Le 03 décembre 2018 par Marine Jobert
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Les potagers urbains, avenir alimentaire des villes?
Les potagers urbains, avenir alimentaire des villes?

Non, tout ce qui pousse en ville n’est pas pollué, démontrent des chercheures, qui ont analysé feuilles et racines et développé une méthodologie adaptées aux sols pollués.

Un jour, une municipalité prend la décision radicale d’excaver la terre polluée d’une ferme urbaine. «Cela a été fait sans évaluation des risques, se souvient Nastaran Manouchehri. ‘Refuge’ est né pour proposer des solutions moins radicales et spécifiques à chaque site», explique la chercheure en chimie de l'environnement et risque sanitaire d’Agro ParisTech-Université Paris-Saclay. Refuge, pour ‘Risques en fermes urbaines: gestion et évaluation’, né d’un partenariat entre des collectivités, des associations et des structures de recherche[1], se présente comme une méthodologie pour évaluer et gérer les risques sanitaires potentiels associés à la présence d’éléments-traces métalliques dans les sols. «L’agriculture urbaine doit, au plan sanitaire, montrer patte blanche presque plus que le reste de l’agriculture», s’amuse Christine Aubry, responsable de recherche sur l’agriculture urbaine à Agro ParisTech, qui se souvient du peu d’intérêt du sujet, dans un passé proche, de la part du ministère de l’agriculture.

Produire sur toit

Mais le sujet monte. Les collectivités sont à la manœuvre, conscientes de la nécessité de rapprocher les lieux de production alimentaires des zones de consommation. Pour la seule Ile-de-France, 367 hectares d’initiatives sont en cours et la mairie de Paris souhaite qu’en 2020, 100 hectares de toitures et façades soient végétalisées, dont 30 ha productifs grâce aux appels à projets Parisculteurs. Le ‘indoor’ –sans terre et sans soleil, les racines dans un liquide nutritif– a le vent en poupe.

Sans pesticide

Les problématiques du ‘outdoor’ sont celles inhérentes à la vie urbaine. Pollutions des sols, mais aussi de l’air. «Le niveau de risque que l’on court à cause de ces pollutions est à mettre en relation avec ceux que font courir les produits venant d’une agriculture utilisant beaucoup de pesticides», recadre d’emblée Christine Aubry, qui rappelle que l’agriculture urbaine, sans être forcément labellisée ‘AB’ à cause des engrais de synthèse auxquels elle peut avoir recours, n’utilise pas de phytosanitaires. Les deux chercheures insistent: «La concentration totale d’un polluant dans le sol n’est pas un indicateur du risque, d’autres paramètres entrant en jeu pour que le polluant migre vers la culture.» Navet, salade, même combat? Pas vraiment. Le transfert racinaire notamment, qui est fonction du type de légume et du type de sol, est déterminant. Idem pour les parties supérieures des légumes-feuilles, qui sont plus affectées par la pollution atmosphérique. «Il est nécessaire de prendre aussi en compte le taux de consommation de ces légumes par les usagers», complète Nastaran Manouchehri.

En-dessous des seuils

Dix potagers installés en région parisienne ont été scrutés[2], chacun présentant des expositions au trafic et une hauteur par rapport au sol très différentes. En se fondant sur l’analyse de 30 à 45 échantillons par type de légume (tomates, carottes, radis, laitues, blettes, choux, poivrons) les chercheures ont constaté que les teneurs en plomb, cadmium et mercure restaient en moyenne entre 3 à 5 fois en-dessous des seuils réglementaires européens pour l’ensemble des sites étudiés. Idem pour les concentrations en BaP et HAP4, dont les 45 échantillons de légumes (salades, batavias et blette) ont révélé des teneurs en HAP les plus dangereux en-dessous des limites de quantification mais aussi en-dessous des seuils réglementaires les plus bas fixés par la Commission européenne (ceux de préparations pour nourrissons). «Ces résultats mettent en évidence l’effet du lavage et de l’épluchage des légumes sur les teneurs en polluants», constatent les deux chercheures.

Sols plus fertiles

Autant d’éléments qui vont nourrir la première étape de ‘Refuge’ –la caractérisation de la pollution–, avant l’élaboration d’un plan de maîtrise sanitaire pour identifier les moyens à mettre en œuvre afin de prévenir ou limiter les risques précédemment identifiés pour les usagers. La dernière étape consiste à accompagner les porteurs de projets (notamment les associations) dans la communication sur la problématique de pollution. «L’attitude des collectivités est un peu anxiogène, car si les sols en milieu urbain sont parfois contaminés, ils sont souvent plus fertiles qu’ailleurs», conclut Christine Aubry.

 



[1] Ville de Paris, Ville de Saint-Denis, Ville de Rungis, V’ile Fertile, Ferme du bonheur, Restos du cœur, Association Territoire, AgroParisTech et Institut national de la recherche agronomique (Inra) pour les UMR SADAPT et GENIAL, Ademe, ARS 93 et Ile-de-France.

[2] Quatre d’entre eux se trouvent sur le toit de centres commerciaux (Porte de Versailles, Vélizy-Villacoublay, La Défense et Levallois-Perret); 4 autres couvrent les toits de sites de la RATP; un potager expérimental a vu le jour sur le toit d’AgroParisTech; enfin, un potager productif est situé sur le toit du parking du magasin Carrefour à Villiers-en-Bière.

 



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