Les populations de tigres ne reculent plus et augmentent légèrement

Le 16 mai 2013 par Marine Jobert
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Un tigre et ses petits, en Russie.
Un tigre et ses petits, en Russie.
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Après un siècle d’effondrement, la nouvelle est d’importance: les populations des 6 sous-espèces de tigres encore présentes à la surface du globe reprennent du poil de la bête. Leurs effectifs ont augmenté timidement ces dernières années, ainsi que l’ont rapporté les Etats hôtes du mammifère, lors de la 16e session plénière de la conférence des parties à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites) [JDLE], qui s’est tenue en Thaïlande en mars dernier. La Chine a annoncé que sa population est passée de 1.411 individus en 2006 à 1.707 en 2010. La Thaïlande a noté une augmentation, entre 2010 et 2013, de 200 à 230 individus. En tout, il y aurait encore environ 4.000 tigres sauvages, quand on en dénombrait 100.000 en 1900, et plusieurs dizaines de milliers d’animaux captifs en Russie, Thaïlande, Chine ou aux Etats-Unis. Jacques Rigoulet, ancien directeur de la ménagerie au Muséum national d’histoire naturelle et actuellement détaché auprès de la Cites, confirme la tendance au Journal de l’environnement. Il évoque «l’annonce d’un frémissement, sur de petites populations».

 

Braconné pour les besoins de la médecine traditionnelle chinoise, le tigre a souffert également de la réduction de son habitat, à cause des activités anthropiques. Mais les «capacités d’adaptation de l’animal» et «une évolution du contexte culturel et politique», pourraient expliquer que les tigres sauvages ne sont plus en danger d’extinction pour l’heure, écrit Alain Sennepin dans une note publiée sur son blog «4 continents pour les tigres». «Les tigres se sont adaptés aux réalités des activités humaines. Ils vivent de plus en plus dans les mêmes endroits que les hommes et adaptent leur temporalité, ce qui les rend particulièrement élusifs», écrit ce passionné du tigre. «Ils peuvent aussi s’adapter à la très haute montagne, interférant avec l’espace du léopard des neiges, comme au Bhoutan», a t-il relevé dans un article scientifique.

 

Mais il semble toutefois que c’est lorsque les Etats font montre d’une politique volontariste –de réintroduction ou de lutte contre le braconnage- ou lorsqu’un imaginaire fort est attaché à l’animal, que les résultats sont les plus éloquents. Exemple en Inde du Sud, «où le culte de l’animal reste beaucoup plus prégnant qu’au Nord et où les structures de braconnage à grande échelle ont du mal à s’implanter», note Alain Sennepin. L’Inde du Sud-ouest abrite au moins 600 tigres, les effectifs ayant augmenté de 50% dans certaines zones. En Thaïlande, le durcissement de la législation à l’encontre des braconniers et trafiquants et l’efficacité accrue des enquêteurs ont permis l’accroissement sensible des populations de tigres (de 300 à 400 individus, soit une hausse de 50% des effectifs). L’exemple russe est le plus éloquent quant aux vertus d’une politique volontariste, puisque c’est le seul pays à posséder des effectifs supérieurs à ceux des années 30: «Les tigres de l’Amour tendent à devenir un nouvel emblème national à tous les niveaux de la société. Après les périls et incertitudes des années 90, la nouvelle modernité russe promeut l’animal dans l’esprit de tous (Sommet du tigre à St Petersburg en novembre 2010) et assure du même coup l’avenir de celui-ci. La législation contre le braconnage, et plus globalement destinée à assurer une sécurité plus générale, dans de multiples domaines, aux grands félins, est réformée en profondeur», écrit Alain Sennequin. Une tendance que confirme Jacques Rigoulet. «En Russie, on ne demande pas à tout le monde son avis sur le projet: c’est sous l’impulsion de Poutine que le tigre s’est retrouvé très protégé, notamment en Sibérie», explique t-il.

 

Les tigres captifs forment le gros des troupes au plan mondial. La Chine en aurait plus de 9.000 sur son territoire, essentiellement détenus dans des fermes à tigres. «Ces fermes posent un problème éthique», explique Jacques Rigoulet. «Les Chinois ont plaidé qu’elles participaient à l’éducation du public, mais des ONG les suspectent de servir à approvisionner le marché de la médecine traditionnelle.» La Thaïlande abrite «des dizaines de milliers d’individus ‘invisibles’», écrit Alain Sennepin. Les Etats-Unis accueillent également plusieurs milliers d’animaux en captivité. Quant aux zoos, publics et privés, ils sont au cœur du dispositif de maintien de la pureté génétique des 6 sous-espèces (sur 9) encore présentes sur la Terre. Mais quand certains pensent à ressusciter le tigre de la Caspienne à partir du matériel génétique du tigre de l’Amour, Jacques Rigoulet répond très prosaïquement: «Essayons déjà de maintenir les sous-espèces pures dans les zoos… ce sera déjà pas mal!».



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