Les pollinisateurs européens à l’épreuve des biocarburants

Le 09 janvier 2014 par Marine Jobert
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Une abeille couverte de pollen.
Une abeille couverte de pollen.
©John Kimbler

Il manquerait 7 milliards d’abeilles pour polliniser correctement les cultures européennes. La faute aux agrocarburants, rendus obligatoires dans les réservoirs, qui ont augmenté les surfaces cultivées. Au risque de mettre en danger la pollinisation des cultures vivrières? Cette étude ne le dit pas, mais elle met en lumière le manque de données disponibles sur le nombre «idéal» de pollinisateurs.

Les abeilles domestiques –et les apiculteurs- n’ont pas réussi à tenir le rythme effréné que la réglementation communautaire sur les biocarburants a imposé à l’agriculture européenne. C’est l’un des enseignements d’une étude publiée le 8 janvier dans Plos ONE. Centrés sur la demande en pollinisation des cultures européennes, des chercheurs de l'université de Reading (Royaume-Uni) ont constaté que la mise en culture de près de 4,2 millions d’hectares (+32%) de colza, soja ou tournesol non alimentaires a fait bondir les surfaces pollinisées de 17%. Celles-ci sont passées, au total, de 23,1 à 27,1 millions d’hectares entre 2005 et 2010, ont-ils calculé. Or, pour satisfaire les besoins de pollinisation de toutes ces cultures, il manquerait quelque 7 milliards d’abeilles domestiques. Et ce alors même que le nombre de colonies d’abeilles a augmenté de 7%, passant de 22,5 à 24,1 millions de ruches en 5 ans. Le taux d’accroissement des insectes a été 5 fois inférieur à celui qui aurait été nécessaire pour assurer une pollinisation optimale.

 

Des chiffres entachés d’erreurs

Sauf que… «Ces chiffres n’ont pas de réalité scientifique», explique d’entrée de jeu Bernard Vaissière. Loin d’être un scientifique mal disposé, ce chargé de recherches à l’Institut national de recherche agronomique (Inra) d’Avignon est bel et bien le deuxième auteur de cette étude britannique, dont il a vérifié toutes les données agronomiques. «Le facteur de production que constitue la pollinisation est un facteur –non polluant de surcroît- nouvellement pris en compte et sur lequel on n’a que très peu d’informations, détaille-t-il pour Le Journal de l’environnement. Par conséquent, on ignore combien il faut de colonies d’abeilles par hectare et selon les cultures, pour obtenir une pollinisation optimale.» Donc si les chercheurs avancent qu’il faudrait 5 fois plus de pollinisateurs pour obtenir une production optimale, c’est sur la base de chiffres «énormément entachés d’erreurs». Et de comparer les connaissances actuelles sur la gestion de la pollinisation à celles dont disposaient les agronomes à l’égard des engrais en 1900. «On ne sait rien!»

 

50% d’abeilles manquantes

Mais la tendance est donnée, reconnaît-il: «On s’achemine bien vers un manque de pollinisateurs». En Grande-Bretagne, moins d'un quart des abeilles nécessaires à la pollinisation sont présentes. En France et en Allemagne, entre 25 et 50% des colonies d'abeilles indispensables butinent les fleurs. Alors, qui pollinise «à la place» des abeilles manquantes? Les abeilles sauvages surtout, qui ont une efficacité pollinisatrice individuelle plus élevée que l’abeille domestique, mais une activité pollinisatrice plus faible, car elles sont souvent moins présentes et donc globalement moins actives. Mais là encore, délicat d’en rapporter la preuve: il existe très peu d’étude passées ou en cours sur la pollinisation par les bourdons et autres abeilles sauvages. «Tout le monde s’intéresse à Apis Mellifera, mais on n’est qu’une poignée à travailler sur la pollinisation par les 1.000 espèces qu’on a en France», constate Bernard Vaissière. Un constat identique à celui fait par un apiculteur présent à la journée dédiée, le 21 novembre dernier, par l’Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) à la santé des abeilles.

 

Une fois posé qu’il n’y a pas suffisamment de pollinisateurs, manquent les outils pour identifier que ce facteur puisse être responsable d’une baisse ou d’une stagnation des rendements. «On va souvent dire que c’est le manque d’azote, d’eau, la gestion des ravageurs, les maladies, les variétés… mais jamais la pollinisation. Pourtant, sur la carotte par exemple, on est en train de montrer que c’est bien ça le facteur limitant pour la production et la qualité des semences.»

 



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