Les politiques énergétiques incapables de stabiliser le réchauffement à 2°C

Le 10 novembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les politiques énergétiques actuelles vont renforcer l'effet de serre.
Les politiques énergétiques actuelles vont renforcer l'effet de serre.
AIE

Dix jours après la publication par l’ONU de l’évaluation des promesses climatiques des Etats, l’Agence internationale de l’énergie dresse le bilan de leurs politiques énergétiques. Sans surprise, elles ne permettront pas, dans l’état actuel, de stabiliser le réchauffement à 2°C d’ici la fin du siècle.

Comme chaque année à pareille époque, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publie son volumineux rapport sur les politiques énergétiques du monde. En plus de 700 pages, le World Energy Outlook 2015 fait le point sur les marchés des énergies fossiles, le secteur de la production d’électricité, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique. Et dans sa dernière mouture, l’AIE esquisse aussi un inquiétant portrait de la politique énergétique de l’Inde, géant énergétique en devenir et 4e émetteur mondial de gaz à effet de serre, avec plus de 2 milliards de tonnes de gaz carbonique émis en 2012.


C’est la réunion de la dernière chance. L’OCDE devrait organiser, la semaine prochaine, une nouvelle réunion sur le devenir des aides à l’exportation des centrales à charbon. Selon The Financial Times, les Etats-Unis, quelques pays européens et le Japon seraient favorables à ce que les agences de financement du développement suppriment les aides à l’exportation de cette technologie. Ce qui pourrait compromettre le financement d’un millier d’installations en projet. L’Australie et la Corée du Sud défendent une position moins stricte. Entre 2007 et 2014, les agences d’aides des pays de l’OCDE ont soutenu l’exportation de centrales thermiques au charbon, à hauteur de 34 milliards de dollars (31,8 Md€).

 

Avec l’accroissement démographique, l’étalement urbain, la réduction du nombre de personnes n’ayant pas accès à l’électricité, la plus grande démocratie du monde aura un appétit dévorant d’énergies. Entre 2013 et 2040, la demande d’énergie indienne devrait pratiquement tripler, passant de 775 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) à près de 2 milliards, estime le WEO 2015.

Autre facteur alarmant: une progressive (re)carbonisation du secteur énergétique du sous-continent. En 2013, les énergies renouvelables produisaient 26% de l’énergie consommée. En 2030, les énergies vertes ne représenteront plus que 19% des kilowattheures consommés: trois points de plus qu’en 2040. Conséquence: le montant de la facture carbone devrait exploser: 3,7 Mdt de CO2, en 2030, 4,4 Mdt en 2035 et plus de 5,1 Mdt en 2040[1].

Petite surprise pendant la pré-COP de Paris: l’Arabie saoudite a enfin publié ses promesses climatiques. Très attendue, l’INDC saoudienne a de quoi refroidir les plus optimistes. Le royaume wahhabite prévoit en effet de réduire de 130 millions de tonnes de CO2 par an ses émissions à l’horizon 2030. A cette échéance, le bilan carbone de Riyad devrait donc dépasser les 650 MtCO2 par an: un bon quart de plus qu’aujourd’hui.

L’exemple indien n’est évidemment pas représentatif. Pour autant, l’évaluation des politiques énergétiques de la planète n’est pas rassurante. Dans son scénario de référence, l’AIE estime que la demande énergétique mondiale devrait continuer de croitre d’environ 1% par an jusqu’en 2040. En raison du déploiement massif d’énergies renouvelables (+6,7%/an), d’un renouveau du nucléaire (+2,8%/an) et de plans de promotion de l’efficacité énergétique, les émissions de gaz à effet de serre progresseront deux fois moins vite.

Ce qui reste une mauvaise nouvelle pour le climat. Entre 2013 et 2040, le bilan carbone de la planète devrait s’alourdir de 16%. Les prospectivistes de l’AIE estiment que les électriciens vont continuer de mettre à feu des centrales thermiques au charbon (+1%/an) et surtout au gaz (+2%/an)[2]. A moins, bien sûr, que les prix du pétrole restent atones. Ce qui torpillerait l’efficacité économique des stratégies d’économies d’énergie.

 

 



[1] En 1990, année de référence de l’ONU, l’Inde a émis 534 Mt CO2.

[2] Contre +6%/an pour l’éolien et les géothermies, +8%/an pour le photovoltaïque, +11%/an pour le solaire à concentration et +14%/an pour les énergies marines.

 



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