Les plantes «invasives» sont-elles si méchantes?

Le 26 mars 2015 par Romain Loury
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La jussie, plante aquatique sud-américaine, a envahi nos étangs
La jussie, plante aquatique sud-américaine, a envahi nos étangs
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Les plantes classées «invasives» menacent-elles réellement la survie des espèces indigènes? Publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas), une étude britannique remet en cause cette idée, ne relevant aucun cas d’extinction du fait de ces espèces. Une approche intéressante, mais un peu réductrice.

Dans sa base de données Global Invasive Species Database (GISD), l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) recense, parmi les espèces invasives, 3.163 plantes et 820 animaux. Au vu du nombre d’espèces connues, les plantes ont donc environ 25 fois plus de chances d’être jugées invasives que les animaux, calculent Chris Thomas et Georgina Palmer, biologistes à l’université de York.

Dès lors, «il est surprenant que les exemples d’extinctions liées à l’arrivée de plantes invasives soient si rares», considèrent les chercheurs. Selon eux, le qualificatif d’«invasif» serait très exagéré pour la plupart des espèces végétales. Afin d’observer leur progression et leur impact sur les espèces indigènes, les chercheurs se sont penchés sur leur répartition dans 479 sites du Royaume-Uni, analysés en 1990 puis en 2007.

Résultat: rien ne montre que les plantes exotiques aient délogé les indigènes de leur milieu, ou qu’elles soient en voie de le faire. Que ce soit en termes de fréquence, de couverture végétale ou de diversité, elles n’auraient aucun impact majeur. Et ce qu’elles soient installées de longue date au Royaume-Uni, avant 1500, ou plus récemment.

Rule, Britannia!

Les espèces britanniques demeurent bien plus abondantes que les exotiques. Les chercheurs montrent même que les espèces indigènes dont la couverture a progressé en 17 ans ont connu une avancée 9 fois plus rapide que les espèces exotiques. Et dans les lieux où la diversité d’espèces exotiques est élevée, celle des espèces indigènes l’est également.

«Le changement d’abondance et de fréquence d’espèces végétales dépend avant tout des réponses de chacune d’entre elles aux facteurs environnementaux, dont la présence d’azote, la gestion des sols et le changement climatique, plutôt que de l’arrivée de nouvelles espèces. Dès lors, la forte représentation des plantes exotiques dans la liste des espèces invasives ne reflète en rien la menace qu’elles constituent pour d’autres espèces», jugent les auteurs.

Pour Johann Soubeyran, chargé de mission sur les espèces invasives à l’UICN, l’approche est un peu réductrice. «L’impact des invasions biologiques ne se limite pas à la disparition des espèces indigènes: outre les effets socioéconomiques et sanitaires, par exemple avec l’ambroisie [très allergène, ndlr], ces espèces sont catégorisées comme des transformateurs d’écosystèmes. Elles peuvent avoir des effets sur la présence d’oxygène, sur la pénétration de la lumière, avec un impact sur les invertébrés et sur les oiseaux. Tous les compartiments peuvent être touchés, c’est avant tout un problème de pression sur le milieu», juge-t-il.

La biodiversité d’outre-mer menacée

Quant à l’effet sur les plantes indigènes elles-mêmes, «il demeure difficile à évaluer: il faut un temps relativement long pour parvenir à une extinction», poursuit Johann Soubeyran. Si «l’enjeu est important en métropole, c’est sans doute l’un des principaux problèmes dans les îles d’outre-mer», qui présentent un taux élevé d’espèces endémiques.

Dans les îles, «de nombreuses plantes subissent une forte érosion du fait de nouvelles espèces végétales, avec de petites populations isolées, qualifiées de ‘mort-vivantes’. Par exemple à Tahiti, on estime que l’arrivée de Miconia calvescens [un arbre originaire d’Amérique centrale et du sud] menace entre 40 et 50 espèces endémiques. Si celles-ci disparaissent, c’est une disparition au niveau mondial», explique Johann Soubeyran.

Selon le chargé de mission de l’UICN, il faut faire «attention à ne pas remettre en cause l’intérêt de gérer ces espèces. Pour autant, il ne faut pas crier haro sur toutes les espèces introduites, il ne s’agit pas d’engager une lutte tous azimuts contre les espèces invasives: les actions doivent être engagées en fonction de priorités, que ce soit par espèces ou par sites».



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