Les ‘pisseurs de glyphosate’ en quête de responsables

Le 15 octobre 2018 par Marine Jobert
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Analyser ses urines pour y déceler du glyphosate.
Analyser ses urines pour y déceler du glyphosate.
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50 plaintes supplémentaires ont été déposées au pénal par des particuliers ayant détecté du glyphosate dans leurs urines. Sont visés en tant que personnes physiques les membres d’instances politiques, d’agences sanitaires, de laboratoires scientifiques et de fabricants de pesticides qui ont contribué à libérer cette substance active dans l’environnement. Une démarche inédite, qui séduit de plus en plus de monde.


Ils continueront «jusqu’à épuisement des volontaires». Ils sont plusieurs centaines, déjà, à avoir financé sur leurs propres deniers une analyse toxicologique de leurs urines, à la recherche de l’herbicide le plus controversé au monde. Tous, sans exception, ont découvert qu’ils excrétaient du glyphosate, à une concentration en moyenne 15 fois supérieure à la valeur autorisée dans l’eau potable. «On a pris comme référence cette norme de 0,1 nanogramme par millilitre pour donner un ordre de grandeur», précise Dominique Masset, l’un des piliers de la ‘campagne Glyphosate’, partie d’Ariège.

Près de 25 mallettes de prélèvements –qui sont réalisés sous l’œil attentif d’un huissier, pour couper court à toute critique méthodologique– sont déjà parties dans d’autres départements français. En Bretagne, les ‘pisseurs involontaires de glyphosate’, comme ils se désignent, ont déjà accueilli 300 candidats à l’analyse.
L’Anses en accusation
Mais le constat de la contamination générale de la population à ce pesticides –ou à de nombreux autres– n’est pas neuf: depuis 10 ans, des associations environnementales testent régulièrement des politiques et des people (comme l’humoriste Guillaume Meurice l’an passé).

Ce qui est nouveau, c’est l’action judiciaire, au pénal, que chacun des ‘cobayes’ a, ou est en train d’engager. Dans les 50 plaintes déposées ce 15 octobre pour mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée et atteintes à l’environnement, aucune instance de décision, ni aucun fabricant de pesticides n’est visé comme auteurs des infractions. Ce sont leurs dirigeants eux-mêmes qui sont désignés.

Pas nominativement, «car certains noms sont quasiment impossibles à obtenir», détaille Dominique Masset. L’auto-entrepreneur aux 1.000 métiers compte sur les juges d’instruction du pôle de santé publique du tribunal de grande instance (TGI) de Paris pour établir l’organigramme des instances que les ‘glyphosatés’ estiment responsables de leur contamination (entre le 1er juillet 2017 et le 31 mars 2018). Et il y a du beau monde: l’Anses, l’Echa, l’Efsa, le BfR , la Commission européenne, le comité d’appel de la Commission européenne (où s’est jouée la ré-homologation du glyphosate), les laboratoires qui ont produit de la science biaisée par des conflits d’intérêt et, last but not least, les PDG et membres du conseil d’administration de tous les fabricants de glyphosate.
Des citoyens se lèvent
«On en a marre de déposer des plaintes contre Monsanto, résume Dominique Masset, testé 33 fois au-dessus de la valeur-limite pour l’eau potable. C’est aussi pour mettre en garde les suivants qui auront à délivrer des autorisations de mise sur le marché pour d’autres produits: sachez que des citoyens sont prêts à se lever.»

Huit plaintes avaient été déposées en juin devant le TGI de Foix, qui s’était dessaisi au profit du pôle de santé publique du TGI de Paris. «Avec un procès dans 10 ans?», soupire Dominique Masset. Tous les 15 jours, une salve de 50 plaintes nouvelles rejoindront les précédentes sur les étagères des juges. «Jusqu’à épuisement des volontaires.»

C’est le 20 novembre que sera examinée par la CJUE la question préjudicielle posée en octobre 2017 par le tribunal de Foix, à l’occasion d’un procès en correctionnel contre des faucheurs volontaires poursuivis pour «destruction volontaire en réunion» après une descente dans une enseigne vendant du Round Up. Au menu des discussions: principe de précaution et impartialité de l’autorisation de commercialisation.

 



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