Les petits pas de Varsovie

Le 25 novembre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour l'instant, tout le monde mérite le Fossil du jour.
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Au forceps, les 195 Etats présents au sommet climatique de Varsovie (COP 19) ont accouché d’un accord, samedi 23 novembre. Au menu: poursuite des négociations, présentation d’objectifs nationaux début 2015 et accord conclu dans deux ans, lors de la conférence de Paris (COP 21).

En jargon diplomatique, on appelle ça une conférence de transition. Traduction: on y fait de petits pas, en laissant croire qu’on aurait pu faire un grand bond. En dépit des critiques formulées par les ONG, des leaders environnementalistes et certains diplomates sud-américains, le bilan de la 19e conférence des parties à la convention de l’ONU sur les changements climatiques (COP19) n’est pas nul. Au regard de ce qu’en attendaient les diplomates.

Hors négociation: les états-Unis et la Grande-Bretagne ont annoncé, quelques semaines après la Banque mondiale, leur intention de ne plus financer la construction de centrales au charbon à l’extérieur. La France devrait suivre, après l’adoption de la loi d’orientation sur le développement que défendra prochainement le ministre Canfin.

Revers nippon

Mauvaise surprise, en revanche, le gouvernement japonais a indiqué qu’il entendait (faute de nucléaire) réduire de 3,8% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 2005 et 2020. Ce qui équivaut à un accroissement de 3,1% de ses rejets entre 1990 et 2020 (les échéances onusiennes). Tokyo va, en revanche, octroyer 16 milliards de dollars (12 milliards d’euros) d’aides aux pays les plus vulnérables, ces trois prochaines années.

Dans la même veine, la très riche Norvège a promis 500 M$ (370,3 M€) d’aides par an, jusqu’à 2020, aux pays démunis. Londres, Washington et Oslo vont injecter 280 M$ (207,4 M€) dans le mécanisme de préservation des forêts tropicales Redd+. Ça ne les changera pas: ils sont déjà les premiers financeurs des fonds engagés dans l’appui à la réduction des émissions résultant de la déforestation. Enfin, une dizaine de pays[1] vont abonder le fonds d’adaptation à hauteur de 100 M$ (74 M€). Pratiquement opérationnel, le Fonds vert n’a, en revanche, fait l’objet d’aucune promesse de don par les pays riches.

Pas (encore) d’objectifs

Au plan stratégique, plusieurs pas de fourmis ont été faits. Les gouvernements se sont engagés à travailler sur un projet d’accord mondial dès la prochaine COP, qui se tiendra, dans un an, à Lima, toujours sous présidence… polonaise. «C’est un pas essentiel pour qu’un nouvel accord universel soit signé à Paris en 2015», a indiqué Marcin Korolec, désormais ex-ministre polonais de l’environnement.

On tentera donc de fixer les règles du jeu avant les objectifs. Les premiers travaux doivent débuter dès le mois de mars prochain, à Bonn.

D’objectifs, il n’est pas encore question. A Varsovie, les 195 états présents se sont juste engager à «initier ou intensifier les travaux préparatoires à la fixation de leurs contributions nationales […] et de les communiquer bien avant la 21e session de la COP (au premier trimestre 2015, pour les pays prêts à le faire)». «2015, c’est plus tard que nous ne l’escomptions, mais nous sommes passés tout près d’un fiasco», avoue, soulagée, l’une des membres de la délégation française.

Contraignants ou pas

Reste à savoir si les «contributions nationales» sont synonymes d’objectifs contraignants de réduction d’émissions de GES. C’est une condition sine qua non à l’engagement américain, a rappelé l’envoyé spécial US Todd Stern. «Il n’est pas acceptable que nos pays aient le même type de contraintes que ceux du Nord, responsables du dérèglement climatique», ont répliqué les négociateurs du groupe de pays «ayant le même état d’esprit»[2].

Qu’ils soient contraignants ou non, les objectifs pourraient être ambitieux. 2015 est l’année des grands rendez-vous. La Chine présentera son 12e plan quinquennal (2016-2020). Barack Obama, qui ne peut se représenter à la Maison blanche, est (toujours) crédité d’une ambition climatique: la délégation américaine a confirmé qu’elle présenterait bien des engagements contraignants. Cette même année, enfin, l’ONU organise un sommet pour déterminer les prochains objectifs du millénaire pour le développement (OMD). On peut imaginer un effet d’entraînement collectif.

Car il faudra sensiblement progresser: selon les calculs de Climate Action Tracker, les engagements actuels nous mènent vraisemblablement vers un réchauffement de 3,7°C d’ici la fin du siècle; bien loin des 2°C visés lors de la conférence de Copenhague.

Un leader sinon rien

Quoi qu’ils en disent, les pays en développement ont marqué quelques points. En obtenant, d’abord, la création du «mécanisme de Varsovie pour les pertes et les dommages». Encore bancal, ce dispositif a pour vocation d’aider, financièrement et techniquement, les pays touchés par les conséquences des changements climatiques: inondations, sécheresses, événements climatiques extrêmes, montée du niveau de la mer, désertification. On n’en sait pas plus.

Très critiques sur les financements des pays du Nord (les 30 Md$, soit 22,2 Md€, d’aides promis à Copenhague, dans le cadre du Fast Start, entre 2010 et 2012, ont souvent été des crédits réaffectés), ils ont obtenu une plus grande transparence des flux financiers. Tous les deux ans, l’ONU auditera le montant et l’origine des aides financières versées au Sud par les pays les plus industrialisés.

En attendant, le monde attend impatiemment qu’un pays prenne le leadership des négociations. Avec son mix énergétique excessivement carbonifère, la Pologne est hors jeu. Le réseau diplomatique du Pérou semble bien maigre pour entrainer pays développés, émergents et en développement dans un élan collectif. Reste la France. Consciente des enjeux, Paris hésite pourtant à monter en première ligne, surtout avec une Union européenne plus divisée que jamais. La suite à l’issue du prochain Conseil européen, au cours duquel les 28 accoucheront, peut-être, d’une nouvelle ambition climatique?



[1] Généreuse, la France se fendra d’un chèque de 5 M$ (3,7 M€}.

[2] Ce groupe comprend l’Arabie saoudite, la Bolivie, la Chine, Cuba, la Dominique, l’équateur, l’égypte, l’Inde, l’Iran, l’Irak, la Malaisie, le Mali, le Nicaragua, les Philippines, le Salvador, le Sri Lanka, le Soudan et le Venezuela.

 



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