Les petites fermes bio font de la résistance

Le 29 juillet 2014 par Stéphanie Senet
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Le fondateur de Terre de liens appelle les associations de défense de l'agriculture biologique et paysanne à se fédérer
Le fondateur de Terre de liens appelle les associations de défense de l'agriculture biologique et paysanne à se fédérer
© Terre de liens

Basée à Crest, dans la Drôme, l’association Terre de liens fait pousser de petites fermes biologiques partout en France. Bilan de plusieurs années d’acquisition foncière, financée par un système innovant d’épargne solidaire, avec l’un de ses fondateurs, Sjoerd Wartena.

 

 

Terre de liens a été créée en 2003 pour favoriser l’accès aux terres agricoles en France. Quelle est votre recette?

 

Nous aidons des personnes qui souhaitent devenir agriculteurs mais qui n’ont pas les moyens d’acheter des terres ou qui n’en trouvent pas. S’ils ont un projet d’agriculture biologique et de proximité qui nous paraît intéressant, nous pouvons acheter des terres et les leur louer, ce qui leur permet tout simplement de s’installer.

 

10 ans après cette création, quel bilan tirez-vous?

 

Terre de liens, malheureusement, ne va pas stopper le déclin de l’agriculture familiale, ni en France, ni dans le monde. Chaque semaine, 250 fermes disparaissent dans l’Hexagone; et 10.000 à l’échelle européenne. Avec nos 8.800 actionnaires et un capital de 34,8 millions d’euros, nous avons quand même pu acheter une centaine de fermes et promouvoir des projets en faveur de la biodiversité et du respect des sols, ce qui nous permet désormais d’être un interlocuteur auprès des collectivités, et même du gouvernement.

 

L’épargne solidaire est-elle le seul financement de Terre de liens?

 

Pour soutenir nos activités, des personnes effectuent un versement d’au moins 100 euros et deviennent ainsi des actionnaires de la foncière de Terre de liens, créée en 2007, qu’il faut différencier de l’association initiale. En moyenne, les versements s’élèvent à 2.500 €[1]. Il s’agit d’une démarche citoyenne, pour participer à notre mouvement de revalorisation des terres, des paysages, de l’alimentation… Grâce à cet argent, nous achetons des terres que nous louons ensuite. A ce système, il faut ajouter la création d’une fondation, en 2013, qui permet à des agriculteurs partant à la retraite, par exemple, de nous céder leur exploitation pour que les cultures soient maintenues. La fondation a été reconnue d’utilité publique. Nous sommes également en discussion avec plusieurs communes pour nous occuper de leurs terres agricoles.

 

Quelles exploitations encouragez-vous?

 

99% de nos fermes sont bio et 1% relève de l’agriculture paysanne. Il s’agit alors de petites fermes multi-fonctionnelles, de proximité, avec transformation de produits et création d’emplois. Au total, Terre de liens possède une centaine de fermes, représentant 2.300 hectares et faisant travailler 220 personnes.

 

Au cours des 10 dernières années, comment évaluez-vous la disparition des terres agricoles en France?

 

La disparition des terres agricoles représente en moyenne un département tous les 5 ans. Non seulement la tendance ne s’est pas ralentie mais elle s’aggrave. Les fermes existantes continuent de s’agrandir et le nombre d’agriculteurs continue de diminuer. Et ce n’est pas le projet de loi d’avenir pour l’agriculture qui va changer quoi que ce soit en profondeur à cause du lobbying énorme de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Il faut rappeler que son président Xavier Beulin dirige le plus grand groupe agro-industriel du pays. C’est comme si Michel-Edouard Leclerc présidait l’association des épiciers de France. La réforme de la politique agricole commune ne changera pas non plus cette situation au niveau européen.

 

Quelles sont les alternatives possibles?


Il faut qu’au moins 2 millions de personnes deviennent adhérentes de Terre de liens! La seule issue réside dans un changement du rapport de force. De nombreuses initiatives intéressantes existent pour favoriser une agriculture de proximité, plus respectueuse des sols et de la biodiversité, mais elles restent isolées. Certaines sont lancées par la Confédération paysanne, d’autres par France Nature Environnement ou des Centres d’initiative pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (Civam) avec l’expérimentation de nouvelles pratiques agricoles par exemple. Notre plus grand souci, c’est de fédérer toutes ces énergies. Il faudrait créer une véritable coalition, au niveau européen, pour représenter une force alternative réelle à l’agriculture qui va dans le mauvais sens. Mais en France, on a encore trop tendance à croire que c’est au gouvernement de tout faire. Je participe actuellement à un groupe de travail au niveau européen (Access to land for communities connected farming) pour recenser toutes ces initiatives qui existent en Espagne, Allemagne, Lituanie, Belgique, Royaume-Uni, Italie. Nous avons besoin d’une plate-forme européenne, à laquelle  associer l’Ifoam (fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique, ndlr) ou Via Campesina. L’idée est d’attirer l’attention des politiques sur l’accès à la terre, qui est bloqué partout en Europe, à des degrés différents selon les pays. En France, il existe quelques  outils intéressants, comme la possibilité du fermage, absente au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, où le prix d’un hectare de terres atteint souvent 70.000€ à l’achat.



[1] Si l’actionnaire ne bénéficie d’aucune déduction fiscale, il peut récupérer son investissement lors de l’assemblée générale annuelle. S’il en bénéficie, il peut le faire au bout de 5 ans.

 



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