Les petites avancées de la pré-COP21

Le 10 novembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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PréCOP : les discussions ont été longues.
PréCOP : les discussions ont été longues.
VLDT

Ces deux jours de discussions ministérielles ont produit quelques résultats qu’il faut encore traduire dans le projet d’accord de Paris.

Les traits tirés, mais toujours pleine de vigueur, la secrétaire exécutive de la convention Climat s’est montrée satisfaite, ce mardi 10 novembre, des premiers résultats de la réunion ministérielle de Paris, prélude à la COP 21. «C’était la meilleure pré-COP que nous ayons jamais vue», témoigne Christiana Figueres. Et de fait, les deux jours de discussions ministérielles ont donné quelques résultats.

Formels, tout d’abord. Rarement, l’on avait vu autant de ministres (60) ni autant de pays représentés (70) pour une réunion préparatoire au sommet climatique annuel. Les autorités françaises se sont aussi réjouies d’être les premières à accueillir les représentants du tout nouveau gouvernement canadien.

Le Canada est de retour

Pour autant, malgré son enthousiasme, la ministre de l’environnement et des changements climatiques, Catherine McKenna, n’a fait aucune proposition concrète. Se contentant de twitter: «Le Canada est de retour». Devant l’avalanche, ces derniers jours, de rapports alarmistes, les ministres «ont fait part de leur volonté d’aboutir à un accord universel à Paris. Et un compromis ambitieux est à notre portée», a relevé Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères.

Pour huiler les rouages de la négociation à venir, les ministres se sont accordés sur quelques grands points. Les politiques climatiques nationales (synthétisées dans les INDC) feront l’objet d’une révision quinquennale, forcément à la hausse. Les ministres ont également souhaité introduire un mécanisme interdisant tout retour en arrière. «Il n’y aura pas de back tracking, tous les pays devront tenir leurs engagements et s’interdire tout recul», a précisé Laurent Fabius.

Progresser sur l’ambition

En ouverture de la conférence, le locataire du Quai d’Orsay avait annoncé qu’il voulait progresser sur l’ambition de l’accord. C’est chose… pratiquement faite. Ni stabilisation du réchauffement à 2°C, ni à 1,5°C: les ministres se sont mis d’accord sur une formulation absconse: la «trajectoire d’émission basse et adaptée au climat». Chacun y trouvera son bonheur.

Les financements ont aussi été au cœur des discussions. Un principe en est sorti: fixer un plancher de 100 milliards de dollars (93,3 Md€) par an (soit la contribution des pays les plus anciennement industrialisés) qui pourra être complétée par les pays émergents. La Chine a d’ailleurs pris les devants, en annonçant, il y a quelques semaines, l’octroi de 3 Md$ (2,8 Md€) d’aides climatiques aux pays les plus pauvres: le même montant, au dollars près, que la contribution américaine au Fonds vert climatique. Les Américains qui reconnaissent, off the record, «que les Français ont fait, à Paris, un travail remarquable».

Plus de monde que prévu

Au-delà des discours, que penser de ces deux jours de tractations? L’intérêt des gouvernements est réel. «On ne pensait pas, en organisant la pré-COP, réunir autant de monde», reconnaît-on d’ailleurs dans l’entourage de Laurent Fabius. Les négociateurs tricolores sont satisfaits de la révision quinquennale, qu’ils avaient déjà réussi à faire entériner par Pékin, lors de la visite d’Etat de François Hollande.

Pas de géométrie variable

L’équipe de France se montre, en revanche, plus réservée sur les acquis de la différenciation. «Les pays développés ont pris des engagements en valeur absolue, c’est rarement le cas des pays émergents, à l’exception du Brésil. Comment refléter cette disparité dans le texte final?», s’interroge-t-on à Paris. D’autant que, pour des questions de politique intérieure, le gouvernement américain ne veut pas d’engagements à géométrie variable.

Autre difficulté: nombre de pays, européens parfois, veulent conditionner l’aide à la réalité (voire la qualité) des promesses climatiques nationales, les INDC. Ce qui constitue quasiment un casus belli pour les pays du groupe de l’Alba[1], dont certains membres n’avaient pas hésité à voter contre l’accord de Copenhague, ce qui l’avait torpillé à mort.

La question du financement semble plus proche de la solution. Plus personne ne se bat sur le niveau de l’engagement (100 Md$, éventuellement complétés par les émergents). Les discussions portent sur la répartition de l’effort à produire par les pays riches (combien d’argent public, combien d’argent privé) et sur l’allocation de ces fonds. «Les pays du groupe africain veulent notamment doubler le montant de l’aide dédiée à l’adaptation», concède-t-on au Quai d’Orsay. Les pays du Sud demandent aussi que les montants alloués soient prévisibles dans le temps. «Mais qui peut réellement s’engager sur l’état de ses finances dans 10 ou 15 ans?», se demande-t-on à Paris.

Les dés sont maintenant jetés. Seule certitude: Laurent Fabius veut la dernière mouture du projet d’accord de Paris le samedi 5 décembre à 12 heures. Bien des nuits blanches en perspective pour les négociateurs.

 



[1] Alba: Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique regroupe 11 pays dont le Venezuela, Cuba, la Bolivie, l'Equateur, le Nicaragua et Antigua-et-Barbuda.

 



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