Les pesticides, mal évalués, sont délétères pour les rivières et les sols

Le 19 juin 2013 par Marine Jobert
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Eisenia foetida, le ver du lombricomposteur, n'aime pas les néonicotinoïdes.
Eisenia foetida, le ver du lombricomposteur, n'aime pas les néonicotinoïdes.
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C’est la pertinence de l’évaluation des risques des pesticides qui est (re)posée par deux études publiées dans des revues anglo-saxonnes. La première étude, parue dans les Comptes rendus de l'Académie nationale américaine des sciences (PNAS) met en lumière l’impact de pesticides couramment employés en Europe et en Australie sur la biodiversité des rivières et des ruisseaux, où jusqu'à 42% des populations d'insectes et d’invertébrés ont disparu. La seconde publication, parue dans The Journal of Applied Ecology, vient fragiliser encore un peu plus l’interdiction partielle et temporaire de trois néonicotinoïdes décidée par la Commission européenne [JDLE], en démontrant leur toxicité à long terme, notamment sur un ver de terre. Ces deux études amènent un écotoxicologue de l’université de Windsor (Canada), Ken Drouillard, à réclamer une évaluation des écosystèmes après l’usage des pesticides. «Nous ne pouvons pas estimer que notre travail est fait après la réalisation de l’évaluation du risque. Malheureusement, en temps de crise économique globale, les coupes budgétaires sont réalisées au détriment du suivi de la santé des écosystèmes.»

 

La première équipe s’est focalisée sur 23 cours d’eaux du centre de l’Allemagne, 16 à l’ouest de la France et 24 du sud australien. Chacun montrait des taux de contamination aux pesticides différents, de «non contaminés» à «hautement contaminés». In fine, jusqu’à 42% des espèces les plus petites –notamment les libellules et les mouches éphémères- des maillons essentiels de la chaîne alimentaire, tant pour les poissons que pour les oiseaux. Autre enseignement de l’étude: les animaux sont sensibles aux pesticides à des concentrations considérées comme sûres par les autorités sanitaires européennes. «Cela démontre que notre évaluation du risque ne fonctionne pas», estime Mikhail Beketov du Helmholtz Centre for Environmental Research à Leipzig (Allemagne). Même constat pour Emma Rosi-Marshall, une écologue aquatique du Cary Institute of Ecosystem Studies de Millbrook (Etats-Unis). «Nous sommes arrivés à un point critique, avec une perte des espèces sur une échelle globale, et spécialement dans les milieux d’eau douce.» Des craintes partagées par d’autres chercheurs américains d’une agence gouvernementale américaine (USGS), qui ont documenté pendant 9 ans l’évolution des amphibiens dans leurs différents habitats. En moyenne, les amphibiens les plus répandus diminuent à un taux de 3,7% par an et ceux qui sont inscrits sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) disparaissent à un taux de 11,6% par an [JDLE].

 

L’autre étude menée par le biologiste Dave Goulson, de l’université du Sussex (Grande-Bretagne), met en évidence que non seulement les néonicotinoïdes ont tendance à s’accumuler dans le sol, mais qu’en outre ils sont fatals pour Eisenia foetida, le ver du fumier[1]. «La demi-vie de ces produits chimiques va de 1 à 4 ans. Si vous les utilisez sur des récoltes, ils s’accumuleront», explique Dave Goulson, qui a notamment exploité des données toxicologiques fournies par l’industrie elle-même. Il met en garde contre la nécessité de ne pas se focaliser seulement sur les dommages causés aux abeilles, mais de regarder aussi l’impact des néonicotinoïdes sur les oiseaux [JDLE].

 



[1] Cette espèce est souvent utilisée pour la lombriculture, en raison de sa remarquable capacité à transformer des matières organiques en lombricompost. Elle est également vendue comme appât pour la pêche.

 

 



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