Les pesticides dans l’air, un risque méconnu

Le 18 décembre 2019 par Romain Loury
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L'air urbain également contaminé par les pesticides
L'air urbain également contaminé par les pesticides
Airparif

Les pesticides sont omniprésents dans l’air, avec des variations selon les régions et les saisons, révèlent les résultats de 15 ans d’analyse publiés mercredi 18 décembre par Atmo France. L’association appelle à intégrer ces substances dans la surveillance réglementaire de la qualité de l’air.

Si la présence des pesticides dans l’eau et le sol est bien étudiée, il est un compartiment largement peu exploré: l’air. Or, au-delà des riverains exposés au premier chef, les pesticides, dont la France est le deuxième consommateur européen après l’Espagne, sont bien présents dans l’air, y compris dans les grandes villes.

C’est ce que révèle la base de données PhytAtmo, qui regroupe les résultats d’analyse de l’air menés depuis 2002 par diverses associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (Aasqa), fédérées dans l’association Atmo France. Dans sa version actuelle (sous format Excel), qui sera réactualisée en fonction des nouvelles données, PhytAtmo porte sur 321 substances actives, mesurées lors de 6837 prélèvements sur 176 sites en France métropolitaine et en Martinique.

Des variations spatiales et temporelles

Les résultats montrent l’omniprésence des pesticides dans l’air, avec des concentrations de l’ordre du nanogramme par m3[i], évidemment plus marquée dans les zones agricoles qu’en milieu urbain. De plus, PhytAtmo révèle des variations au cours de l’année: dans les zones de grandes cultures, les herbicides connaissent un pic en novembre-décembre. Dans les zones viticoles, les fongicides et les insecticides prédominent en été.

Montparnasse, bougie d’anniversaire d’Airparif. Afin de fêter les 40 ans d’Airparif, la tour Montparnasse est illuminée chaque soir, de lundi 16 au vendredi 21 décembre, aux couleurs de l’indice de qualité de l’air dans la capitale, allant du vert au rouge.

Ces mesures ont été menées au cas par cas par les Aasqa, sur la base du seul volontariat, les pesticides n’étant pas des substances réglementées pour la surveillance de la qualité de l’air -contrairement aux oxydes d’azote NOx, aux particules fines et à l’ozone. Face à la présence de ces pesticides, Atmo France appelle à «la mise en œuvre d’un suivi territorial et national pérenne», avec un «financement sécurisé», comme le préconisait la Cour des comptes en 2015, ainsi que deux rapports parlementaires (ici et là).

Un rapport attendu en 2020

En juin 2018, l’Anses[ii] a annoncé le lancement d’une campagne de mesure des pesticides dans l’air, en collaboration avec l’Ineris et Atmo France, et financée dans le cadre du dispositif de phytopharmacovigilance de l’agence. Achevée en juin, elle a porté sur 80 substances mesurées sur 50 sites (52% en milieu urbain et périurbain, 48% en milieu rural), reflétant l’ensemble des grandes productions françaises (grandes cultures céréalières, viticulture, arboriculture, maraîchage, etc.). Ses données, actuellement en cours d’analyse, devraient donner lieu à un rapport en septembre 2020.

Contactée par le JDLE, Atmo France dit regretter que la surveillance des pesticides dans l’air soit exclue du futur Plan national santé environnement (PNSE4, 2020-2024), qui verra le jour début 2020[iii], alors qu’elle figurait dans le PNSE3 (2015-2019). Cette mesure demeure incluse au Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (Prepa), mais «nous perdrons un outil en 2020», déplore Atmo France.



[i] Un nanogramme est un milliardième de gramme.

[ii] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail; Ineris: Institut national de l’environnement industriel et des risques.

[iii] Le PNSE4 devrait être soumis à consultation publique en janvier 2020 pour une durée d’un mois, avant une publication finale en mars.

 



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