Les pesticides, c’est dans l’air

Le 20 juin 2014 par Romain Loury
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Les pesticides prennent la clé des champs
Les pesticides prennent la clé des champs
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N’en jetez plus! L’air des villes, comme celui des campagnes, est chargé de pesticides, confirment de premiers résultats obtenus en Provence-Alpes-Côte d’Azur par l’association Air Paca. On y trouve même des substances interdites depuis longtemps, dont le lindane.

Pour ces premiers résultats en Paca, récoltés en 2012, l’association s’est penchée sur 43 pesticides (insecticides, herbicides, fongicides), dont elle a évalué la présence tout au long de l’année sur 5 sites, à savoir Arles, Avignon, Cannes, Cavaillon et Toulon.

Parmi ces molécules, sept sont présentes dans plus de 80% des échantillons analysés. Il s’agit de trois herbicides (chlorprophame, oxadiazon, pendimethaline), de trois insecticides (chlorpyriphos-éthyl, lindane, PBO [1]) et d’un fongicide (tébuconazole).

Sans surprise, l’air des campagnes, tel celui analysé dans le hameau des Vignères près de Cavaillon, est plus chargé en pesticides que celui des villes. Avec une teneur cumulée (tous pesticides confondus) d’environ 900 nanogrammes par mètre cube d’air, il se situe près de 9 fois au-dessus d’Avignon et Toulon. On y retrouve surtout du chlorpyriphos-éthyl, tandis que les villes font la part belle aux fongicides.

Selon Air Paca, les pesticides se retrouvent dans l’air de trois manières différentes : «par dérive au moment des applications, par volatilisation de post-application à partir des sols et plantes traités, par érosion éolienne sous forme adsorbée sur les poussières de sols traités».

Le lindane fait de la résistance

C’est peut-être par ce dernier moyen que s’explique la présence si fréquente de lindane, insecticide organochloré interdit depuis 2008 dans l’UE, retrouvé dans l’ensemble des échantillons. Selon Air Paca, «cette observation n’est pas spécifique à la région Paca. La présence du lindane est fréquente dans les mesures nationales (environ 50%)».

«Elle est vraisemblablement due à une rémanence de cette molécule fortement utilisée par le passé, plus qu’à une utilisation interdite aujourd’hui», ajoute Air Paca. Interrogé par le JDLE, Alexandre Armengaud, responsable de la coopération scientifique chez Air Paca, ajoute qu’«il s’agit d’une molécule persistante, qui se dégrade peu. On la retrouve encore beaucoup dans l’environnement».

Mais le lindane n’est probablement pas une exception: en 2013, Lig’Air, association agréée de surveillance de la qualité de l’air (Aasqa) pour la région Centre, a retrouvé des traces de 5 autres pesticides interdits, dont l’atrazine et le parathion. Certes «en faible quantité et majoritairement à une seule reprise».

Autre fait saillant, c’est à Cannes que l’on trouve l’air le moins chargé de pesticides. Or c’est aussi la seule des 5 villes qui s’est dotée d’une charte «0% pesticides». Preuve qu’en matière de qualité de l’air, «rien n’est irréversible», juge Alexandre Armengaud.

Dans les villes, il n’est pas toujours facile de déterminer l’origine des pesticides: s’agit-il de ceux utilisés en milieu urbain, ou de ceux provenant des cultures environnantes? Pour cela, il faudra qu’Air Paca rassemble plus de données: la tâche est en cours, avec des données 2013 déjà récoltées (mais non publiées), et d’autres pour 2014.

Un trou d’air réglementaire

Contrairement à ce qui existe pour l’eau ou l’alimentation, aucune réglementation n’existe en matière de pesticides dans l’air. Leur mesure n’est donc pas obligatoire, ce qui explique le caractère encore très épars des données. Selon l’Observatoire des résidus de pesticides (ORP), 14 Aasqa ont à ce jour conduit des analyses de l’atmosphère [2].

Au-delà des mesures, difficile de déterminer l’exposition de la population, et encore plus de savoir quel est le niveau de risque sanitaire à des concentrations diffuses. Des effets sanitaires se font parfois sentir en cas d’exposition prononcée: dernier exemple en date, le cas d’une école girondine dont 23 élèves et leur institutrice ont fait des malaises, début mai,  en raison de l’application de fongicides dans des vignes voisines.

Pour le porte-parole de Génération futures, François Veillerette, «la mise en place de zones non traitées le long des lieux publics –mais aussi des habitations- est primordiale mais non suffisante! Elle doit d’accompagner de mesures complémentaires (mesures de présence de pesticides dans l’air obligatoires, outil d’alerte des populations riveraines lors de pulvérisations, contrôles renforcés du respect de la réglementation et notamment de l’arrêté de 2006 sur la vitesse du vent, etc.), et d’un soutien réel et fort à un modèle agricole qui n’utilise pas ces produits toxiques, dont certaines, comme le chlorpyriphos-éthyl, sont des perturbateurs endocriniens suspectés».

La question de l’épandage à proximité des zones habitées est l’un des chevaux de bataille des associations, qui demandent une distance de sécurité. Dans un communiqué publié jeudi 19 juin, les ministres Stéphane Le Foll (agriculture) et Ségolène Royal (écologie) assurent qu’ils vont mettre en place des mesures de protection à côté des établissements sensibles, dont les écoles, les crèches et les établissements de soins (hôpitaux, maisons de retraite).

«Les mesures de protections envisagées autour de ces bâtiments sont variées: haies, buses anti-dérives, dates et horaires d’utilisation des produits, etc. En l’absence de mesures de protection adaptées, une distance minimale d’utilisation sera à respecter», ajoutent-ils. En revanche, pas question d’interdire cette utilisation à proximité des habitations, «ce qui concernerait une grande partie de la surface agricole nationale».

[1] Un traceur des pyréthrinoïdes.

[2] Un premier état des lieux national a été publié en 2010 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Pour quelques résultats régionaux, voir les sites d’Atmo Picardie, de Lig’Air (région Centre) et d’Air Rhône-Alpes. Du côté d’Airparif, une campagne de mesure, en cours depuis août 2013, va s’achever en août prochain.



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