Les pesticides au cœur de la controverse

Le 08 mars 2005 par Ludivine Hamy
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pesticides
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Un feuilleton judiciaire vient de commencer entre l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) et le Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF). A l’origine de l’affaire, une campagne publicitaire sur les pesticides lancée par l’UIPP, le 10 février, dans la presse grand public.

«Pesticides: on peut se poser des questions, on peut aussi y répondre», l'accroche de la campagne de l'UIPP se veut axée sur le dialogue (1). «Notre objectif est de communiquer auprès du grand public sur l'action des pesticides et les véritables risques qu'ils représentent», explique l'UIPP. «Nous ne voulons pas inciter à utiliser davantage de pesticides, mais à mieux les utiliser.»

Un message que contestent les associations écologistes. «En fait, s'insurge François Veillerette, président du MDRGF, cette campagne vise simplement à rendre les pesticides «socialement» plus acceptables en faisant croire à un public non averti qu'ils ne sont pas dangereux, que leur emploi est totalement indispensable et que de toute façon les aliments biologiques ne sont pas meilleurs pour la santé». C'est pourquoi le MDRGF a décidé de lancer une tripe offensive. Le 22 février, un collectif d'associations (1) guidé par le MDRGF a invité le public à envoyer des courriels de protestation aux revues qui ont publié les annonces de l'UIPP. Chaque rédaction a d'ores et déjà reçu près de 3.200 mails demandant la suppression des encarts publicitaires. Le 25 février, le MDRGF a poursuivi son action en assignant en référé l'UIPP devant le tribunal de grande instance de Rennes. L'objectif: faire arrêter la campagne publicitaire. L'ordonnance de référé est attendue pour le 9 mars. Enfin, le MDRGF entend engager un procès sur le fond en déposant une plainte pour publicité mensongère. «Nous voulons que les responsables de l'UIPP prouvent tout ce qu'ils affirment dans leur campagne, notamment sur l'innocuité des pesticides. Pour une fois, la charge de la preuve sera inversée» souligne François Veillerette.

La campagne de l'UIPP est une première en Europe. Il faut dire que la France, grand pays agricole et deuxième consommateur mondial de phytosanitaires après les Etats-Unis, connaît depuis plusieurs années une baisse régulière de la consommation de pesticides. Selon l'UIPP, «le chiffre d'affaires dégagé par le marché des produits phytosanitaires a régressé de 11% en 2003 par rapport à 2002: -8,5% pour les fongicides, -5% pour les insecticides, -8% pour les herbicides, -14% pour les divers.» Une évolution qui explique sans doute, pour partie, une telle opération médiatique. Pourtant, il semble aujourd'hui bien difficile de convaincre le grand public des bienfaits des pesticides. Ainsi, le sondage mis en ligne sur le site www.protectiondesplantes.fr révèle que 83,2% des internautes pensent que les pesticides représentent un risque pour leur santé. Un sentiment corroboré par de nombreuses enquêtes et études scientifiques. En 1999, une enquête menée par l'organisme de protection sociale du monde agricole et rural (MSA) a révélé que 20% des utilisateurs de produits phytosanitaires se plaignaient d'effets indésirables (maux de tête, vomissements…).

Forte de ce constat, la MSA a mis en place un numéro vert baptisé «Phyt'Attitude» afin que les utilisateurs de phytosanitaires puissent signaler leurs symptômes, gratuitement et de manière anonyme. De son côté, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) mène une action de formation et de sensibilisation des agriculteurs pour une utilisation raisonnée des pesticides. «Les agriculteurs ne peuvent pas se passer complètement des produits phytosanitaires, explique Eugénia Pommaret, chargée de mission environnement à la FNSEA. Pour nombre d'entre eux, le traitement phytosanitaire est une sorte d'«assurance tout risque» qui permet de répondre aux exigences des consommateurs sur la qualité esthétique des produits, mais aussi aux problèmes de stockage, le délai entre la cueillette et la vente des produits étant de plus en plus longs.» Pour la FNSEA, le défi aujourd'hui est d'éviter que les agriculteurs aient un recours trop systématique aux pesticides: «Nous sommes confrontés à la même problématique que les antibiotiques» souligne Eugénia Pommaret. Et de rappeler: « les produits phytosanitaires ne sont pas des produits anodins. Les agriculteurs en ont pris conscience, mais il faut aujourd'hui les aider à mieux les utiliser et à choisir ceux qui présentent le moins de dangers, tant pour les utilisateurs que pour l'environnement.» Rappelons que le débat sur les pesticides est au coeur du Programme de réduction des pollutions par les produits phytosanitaires lancé en août 2000 par le gouvernement.



(1) A cette fin, deux outils ont été créés: un site Internet www.protectiondesrecoltes.fr et un numéro azur 0 810 10 55 00.

(2) Action Citoyenne pour les Alternatives aux Pesticides (ACAP)




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