Les pesticides, angle mort de la pollution de l’air

Le 01 juillet 2016 par Romain Loury
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Jusqu'à 80% de pertes
Jusqu'à 80% de pertes
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C’est une pollution encore peu connue, mais omniprésente: tout au long de l’année, les pesticides sont détectés aussi bien dans l’air des campagnes que dans celui des villes. Et nul ne sait quel est l’impact sanitaire de cette exposition de fond.

En France, c’est en 2000 qu’ont été menées les premières mesures de pesticides dans l’air, par les associations agrées pour la surveillance de la qualité de l’air (Aasqa) du Centre et de Poitou-Charentes. Plusieurs campagnes de mesures ont été menées depuis, avec un total de 140 sites étudiés en France. A chaque fois, le constat est le même: ces substances sont présentes partout, en ville comme à la campagne.

Présentées vendredi aux quatrièmes journées régionales de l’air organisées par Atmo Poitou-Charentes, qui se tiennent jeudi 30 juin et vendredi 1er juillet à La Rochelle, des données 2000-2015 pour cette région (désormais intégrée à la Nouvelle-Aquitaine) révèlent une détection tout au long de l’année dans le centre de Poitiers, avec des pics en avril-mai puis en septembre. En tête, les herbicides, suivis des fongicides et des insecticides.

Sur l’ensemble de la région, Atmo Poitou-Charentes a détecté un total de 80 pesticides, soit 62% de ceux recherchés. Parmi eux, plusieurs molécules interdites de longue date, dont les insecticides DDT et lindane, à forte rémanence environnementale. En mai, Airparif dressait un bilan similaire en Ile-de-France, avec tout de même une diminution de la présence atmosphérique ces dernières années.

Une surveillance à construire

Pourtant, si les données s’accumulent en matière de détection, on ne sait quasiment rien sur l’impact sanitaire d’une telle exposition, faute d’études menées à ce sujet, note Agnès Hulin, ingénieure d’études et de recherche à l’Atmo Poitou-Charentes, contactée par le JDLE.

Contrairement à l’eau et l’alimentation, il n’existe d’ailleurs aucune obligation légale, européenne ou française, de mesurer la présence de pesticides dans l’air. L’Etat s’intéresse toutefois à la question: en septembre 2014, plusieurs ministères (agriculture, santé, environnement, travail) ont sollicité l’Anses[i] afin qu’elle propose des modalités d’une surveillance nationale des pesticides dans l’air, des travaux actuellement en cours.

«Les enjeux sont nombreux, d’abord en termes d’actualisation de a liste des substances à surveiller, car de nouvelles molécules apparaissent régulièrement. Il fait également mettre au point des stratégies d’échantillonnage et des méthodologies d’analyses adaptées», explique-t-elle.

Diverses voies de contamination

D’autres chercheurs planchent sur les voies de cette contamination aérienne, aussi bien lors de l’application (dérive au cours de l’épandage, volatilisation de la gouttelette) qu’après (volatilisation depuis le sol ou la plante).

Parmi les facteurs impliqués en post-application, la météorologie (vent, température, humidité, pluviométrie), la nature des surfaces, les pratiques agricoles, mais aussi les caractéristiques des matières actives et des coformulants, explique Carole Bedos, chercheuse à l’unité mixte de recherche (UMR) Ecosys (centre Inra de Versailles-Grignon).

Quant à l’application, il existe des pulvérisateurs permettant de limiter la dérive des pesticides, en particulier en viticulture, mais ils sont encore peu employés, indique Bernadette Ruelle, chercheuse à l’UMR Itap (Information, technologies, analyse environnementale, procédés agricoles) au centre Irstea de Montpellier.

Selon les travaux qu’elle mène sur la vigne, en collaboration avec l’Institut français de la vigne et du vin (IFVV), ces appareils, qui permettent un épandage confiné (au plus près du plant) avec récupération par dessous, diminuent les pertes jusqu’à 10% en début de végétation. Avec un pulvérisateur classique, par dessus et sans récupération, elles sont plutôt de 80% en début de végétation.

«Pour l’instant, le parc français en viticulture est très mal équipé, avec très peu d’appareils à pulvérisation confinée», constate Bernadette Ruelle, qui espère que la situation «va évoluer rapidement». En cause, le coût, et le fait qu’il est difficile de conduire ces machines sur des pentes, ou tout simplement de les manœuvrer en bout de vigne.

Dans le plan Ecophyto 2, c’est par ces nouvelles technologies que le ministère de l’agriculture compte d’abord réduire l’usage des pesticides de 25% d’ici 2020, avant de parvenir à 50% d’ici 2025 par des leviers économiques.



[i] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Inra: Institut national de la recherche agronomique. Irstea: Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture.

 



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