Les perturbateurs endocriniens font toujours plus mâle

Le 21 janvier 2016 par Romain Loury
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Les spermatozoïdes se font rares
Les spermatozoïdes se font rares
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Cancers du testicule, stérilité masculine, malformations génitales… le syndrome de dysgénésie testiculaire, imputé aux perturbateurs endocriniens, continue sa percée en France, selon de nouvelles données présentées jeudi 21 janvier par l’Institut de veille sanitaire (InVS).

Le fait est désormais bien établi: la qualité du sperme est en chute libre depuis plusieurs décennies. Et ce aussi bien en quantité de spermatozoïdes qu’en termes de morphologie. Un phénomène inquiétant, et qui pourrait en grande partie s’expliquer par l’imprégnation de la population par les perturbateurs endocriniens.

Or la baisse de qualité du sperme n’est qu’un aspect du syndrome de dysgénésie testiculaire, terme incluant un ensemble d’affections du système reproductif masculin, toutes en nette hausse. Et l’augmentation se poursuit, comme le montrent de nouvelles données présentées jeudi lors du 2ème colloque sur les perturbateurs endocriniens et leurs effets sur les écosystèmes et la santé humaine, organisé jeudi et vendredi par l’Anses [1] à l’Institut Pasteur.

+2,5% par an pour les cancers du testicule

Selon ces chiffres, qui portent jusqu’en 2012 contre 2008 auparavant, la hausse est de +2,5% par an pour le nombre de cancers du testicule, de 2,68% par an pour la cryptorchidie (non descente des testicules chez les jeunes garçons), «un chiffre un peu plus important» qu’auparavant, explique Joëlle Le Moal, épidémiologiste à l’InVS, interrogée jeudi par le JDLE.

Seuls les hypospadias, qui se caractérisent par un défaut de fermeture de l’urètre (canal urinaire situé au niveau de la verge), montent une stabilisation, après des années «de très légère hausse», poursuit l’épidémiologiste.

A noter qu’il ne s’agit là, pour ces trois syndromes, que de cas opérés: les chiffres sont donc «très robustes pour les cancers du testicule, qui sont tous opérés, et la baisse de qualité du sperme», explique Joëlle Le Moal. Ils le sont probablement moins pour les hypospadias et les cryptorchidies, dont une fraction, non déterminée, échappe à l’opération.

Des régions plus touchées

Les chiffres révèlent par ailleurs des disparités régionales, avec une surincidence en Bretagne et en Alsace pour les cancers du testicule, dans le sud-est et en Alsace pour les hypospadias, en Auvergne pour les cryptorchidies, en Aquitaine et en Midi-Pyrénées pour la faible qualité du sperme.

Prochaine étape, les épidémiologistes de l’InVS comptent chercher des déterminants de ces variations régionales, «en construisant des indicateurs résidentiels socio-économiques ou d’exposition aux pesticides», explique Joëlle Le Moal. Si cette analyse à l’échelle d’un pays n’a pas la force d’une étude de cohorte, avec suivi de volontaires sur plusieurs années, elle «permet de générer de nouvelles hypothèses», ajoute-t-elle.

L’étude «démontre surtout l’existence de signaux négatifs, avec une altération depuis les années 1990, voire depuis les années 1970 pour la qualité du sperme», poursuit Joëlle Le Moal. Et ce de manière concomitante avec «des changements environnementaux depuis les années 1950»: probablement les perturbateurs endocriniens, peut-être aussi d’autres facteurs tels que «la hausse du tabagisme chez les femmes, des changements nutritionnels chez les deux sexes».

[1] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.



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