Les perturbateurs endocriniens féminisent-ils la société?

Le 19 juin 2014 par Romain Loury
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Un équilibre qui évolue
Un équilibre qui évolue
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Les hommes, à savoir les humains de sexe masculin, sont-ils en train de se faire plus rares du fait des perturbateurs endocriniens? Particulièrement difficile à vérifier, l’idée est de nouveau évoquée, à l’occasion d’une étude écossaise suggérant quelques liens entre sex-ratio et pollution.

Cancers hormonodépendants, diabète et obésité, troubles de la reproduction, puberté féminine avancée, malformations génitales masculines… la liste des trouble sanitaires liés aux perturbateurs endocriniens ne cesse de s’allonger. Il en est pourtant un dont on parle peu, et dont les conséquences, s’il était avéré, seraient tout aussi importantes, bien qu’à plus long terme: une baisse du sex-ratio, à savoir une diminution du nombre de garçons à la naissance.

Plusieurs pays observent cette baisse depuis quelques décennies, mais elle est très légère: au Danemark, la proportion de naissances masculines est passée de 51,5% à 51,3% entre 1950 et 1994, et aux Pays-Bas de 51,6% à 51,3% sur la même période. Un même constat a été fait aux Etats-Unis et au Canada.

Le sujet est techniquement difficile à étudier: ces variations minimes obligent à étudier de très grandes populations, sur de longues périodes. Et une fois le phénomène observé, il est encore plus difficile d’en analyser les causes, tant elles sont multiples.

Parmi les facteurs possibles, le stress maternel pourrait accroître la mortalité du fœtus. Or celui de sexe masculin est réputé plus fragile. C’est ainsi qu’à l’issue d’une guerre, on observe fréquemment une réduction du sex-ratio, à savoir une baisse du nombre de bébés mâles, l’équilibre revenant quelques années plus tard.

C’est d’ailleurs cette fragilité masculine qui expliquerait pourquoi le sex-ratio s’est élevé pendant la première moitié du XXe siècle: grâce aux progrès médicaux, le nombre de fausses couches (lesquelles concernent plus souvent les fœtus masculins) a diminué, et la proportion de garçons a légèrement augmenté.

Seveso et pesticides, sex-ratio en chute libre

Bien que difficile à évaluer, l’hypothèse des perturbateurs endocriniens n’est en rien fumeuse: exemple classique, celui de l’explosion de l’usine chimique de Seveso (Italie) en 1976. Parmi les 74 enfants, nés entre 1977 et 1984, des couples les plus exposés, seuls 26 étaient des garçons. Et la littérature scientifique offre bien des exemples similaires, par exemple chez les personnes travaillant dans des usines de pesticides –le dibromochloropropane, ou encore les pesticides organochlorés.

Au-delà de ces cas extrêmes, difficile de savoir ce qu’il en est en cas d’exposition plus courante, non professionnelle ou accidentelle. C’est à cela que se sont attachés Ewan McDonald, chercheur en santé environnementale à l’université de Sterling (Ecosse), et ses collègues. Publiée dans l’International Journal of Occupational and Environmental Health, cette étude a consisté à analyser les naissances survenues dans le centre de l’Ecosse depuis 1855.

Premier constat: les tendances sont les mêmes que celles observées dans d’autres pays occidentaux, du moins là où de telles données existent. Avec des pics et des creux, le sex-ratio s’élève tout au long du XXe siècle, avant de diminuer aux alentours de 1973.

Les chercheurs ont ensuite tenté de lier ces résultats à la pollution aérienne par des perturbateurs endocriniens –grâce à l’analyse du Scottish Pollutant Release Inventory (SPRI). Des données assez brutes et très récentes, le SPRI ne datant que de 2003.

Zones polluées, sex-ratio plus bas

Si le lien est loin d’être évident lors d’une comparaison zone par zone, quelques résultats intrigants émergent: les deux zones les plus polluées, la région du Lothian (qui compte Edimbourg) et la Forth Valley qui la jouxte à l’ouest, sont celles où le sex-ratio est le plus bas. En 2010, la première comptait 50,09% de naissances masculines, la seconde 50,21%, contre 50,81% pour l’ensemble de l’Ecosse. Selon d’autres travaux, c’est aussi là que le taux de cancers du testicule est le plus élevé.

Difficile, peut-être même impossible, de tirer aucune conclusion en l’état, tant les facteurs pourraient être nombreux, avec des effets très peu sensibles qu’il est ardu de distinguer des variations aléatoires de fond. Mais à l’échelle des décennies, l’impact n’est probablement pas négligeable: aux Etats-Unis, on estime que ce sont environ 38.000 hommes qui «ne sont pas nés» entre 1970 et 1990.



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