Les perdrix n’aiment pas les néonicotinoïdes

Le 14 février 2018 par Marine Jobert
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Plusieurs mauvaises années de reproduction pour la perdrix grise.
Plusieurs mauvaises années de reproduction pour la perdrix grise.

Des chercheurs de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et de VetAgro Sup ont réalisé un bilan des cas d’intoxication d’oiseaux granivores liée à l’ingestion de semences traitées à l’imidaclopride entre 1995 et 2004.

Si les limaces semblent bien résister aux néonicotinoïdes, on ne peut pas en dire autant de quantité d’espèces. Après l’entomofaune dont l’effondrement des populations ne cesse d’être documenté par la communauté scientifique, après les invertébrés terrestres dont les contingents dévissent, ce sont les oiseaux granivores qui paient un lourd tribut à ces insecticides. Grâce aux données récoltées par le réseau Sagir[1] en charge du suivi des pathologies de la faune sauvage, une mortalité anormale d’animaux sauvages est détectée depuis plusieurs années, qui pourrait résulter d’intoxications par des semences traitées à l’imidaclopride.

Les perdrix grises

Entre 1995 et 2014, le réseau a identifié 101 foyers (totalisant au moins 734 animaux morts) pour lesquels une exposition à l’imidaclopride a été avérée dans un contexte agricole. Dans 70% des cas, le lien de causalité entre l’exposition à cette substance en tant que traitement de semences et la mortalité des animaux fait peu de doute. Les animaux peuvent mourir rapidement à proximité, mais l’insecticide peut aussi induire des troubles comportementaux qui les rendent plus vulnérables aux prédateurs. La perdrix grise, tout comme les pigeons biset et ramier, paient un lourd tribut à l’insecticide, puisque l’ONCFS a calculé que l’ingestion de 6 graines peut suffire pour tuer la moitié[2] de ces granivores trop gourmands.

Est-il possible de réduire cette mortalité? Sur le papier, oui. Maintien des chaumes pour fournir une alternative alimentaire. Enfouissement des semences dans le sol. Arrêt des déversements accidentels de semences lors du remplissage du semoir. Des incidents pourtant courants, souligne l’ONCFS. Ces données s’inscrivent dans le dispositif national de surveillance des effets non intentionnels des produits phytopharmaceutiques (phytopharmacovigilance) piloté par l’Anses[3], qui vient d’en publier les premières fiches.   



[1] Il s’agit d’un réseau de surveillance épidémiologique des oiseaux et des mammifères sauvages terrestres en France, fondée sur un partenariat constant entre les Fédérations des chasseurs et l’ONCSF, créé en 1955.

[2] La DL50 est la quantité d'une matière, administrée en une seule fois, qui cause la mort de 50% d'un groupe d'animaux d'essai. La DL50 est une façon de mesurer le potentiel toxique à court terme (toxicité aiguë) d'une matière.

[3] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail

 



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