Les pêcheurs partent en guerre

Le 06 février 2018 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La filière française de la pêche imagine son avenir
La filière française de la pêche imagine son avenir

La mission prospective de FranceAgriMer vient de publier ses 4 scénarios pour la filière pêche à l’horizon 2035. L’occasion pour elle de rappeler sa défiance vis-à-vis des ONG dans la gestion de la ressource et de dévoiler un certain climato-scepticisme.

Nous sommes en 2035. «La filière serre les rangs.» Tel est le premier scénario présenté par FranceAgriMer, l’une des rares organisations au monde à envisager les effets positifs du réchauffement climatique. «Son influence sur la pêche maritime française se révèle in fine moins importante que redoutée. De plus, il induit des modifications des écosystèmes marins et notamment des migrations des populations de poissons dont le bilan pour la pêche française est un accès accru à de nouvelles espèces», écrivent les auteurs de cette synthèse prospective, présentée lors des Assises de la pêche à Quimper en septembre dernier.

 

Greenwashing

Dénonçant la pression des ONG et leur achat de quotas détachés des navires, l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer propose aux acteurs de se regrouper pour acheter à leur tour des quotas similaires, et de chercher à contrer la communication des ONG de manière constante et coordonnée. Paradoxalement, les auteurs recommandent en même temps de privilégier «l’information sur les métiers et leur impact social et environnemental», au nom d’une «stimulation de la demande». Vous avez dit ‘greenwashing’?

 

L’union fait la force

Les associations de pêcheurs, comme les coopératives, sont aussi mises en avant pour renforcer la filière au plan économique. Au niveau du mareyage et de la logistique, les PME sont censées mutualiser le financement de technologies innovantes pour proposer de nouveaux produits transformés (date-limite d'utilisation optimale -ou DLUO- longue, détoxification, aromatisation, complémentation).

 

Révolution aquacole

Dans le deuxième scénario, «la filière se casse en deux», le constat climatique reste positif: la pêche française accède à de nouvelles espèces, la ressource s’est reconstituée et les potentiels de capture augmentent. Un problème toutefois pour les pêcheurs: l’Union européenne impose le système des quotas individuels transférables (QIT)[1] à la France, si bien que les organisations de producteurs n’ont plus leur mot à dire dans la répartition, au profit d’organisation privées financières.

Dans la foulée, les pêcheurs sont moins soutenus par l’UE et moins enclins à renouveler leur flotte, qui vieillit inéluctablement. Les entreprises de production se tournent alors vers l’élevage au sein de fermes marines dont les normes environnementales ont été validées par les ONG. Les pêcheurs font leur révolution. Ils deviennent aquaculteurs et algoculteurs!

 

Merci l’Europe

Troisième scénario: «la filière sauve les meubles». Cette fois-ci, le réchauffement est considéré comme un danger, faisant disparaître des espèces commercialisées. L’Union européenne écarte les ONG des instances de décision et gèrent l’exploitation de la ressource avec les pêcheurs (qui répartissent les quotas), tout en accompagnant la modernisation de la flotte vers des engins très sélectifs. Le volume des captures se réduisant, les petits ports se restructurent au profit d’une pêche touristique, tandis que les grands ports se massifient.

 

Labels environnementaux

Le quatrième et dernier scénario se résume au «chacun pour soi». Au niveau climatique, les dérèglements se multiplient. Tempêtes obligent, les navires sont contraints à rester plus souvent au port. Les stocks halieutiques s’effondrent et certaines zones de pêche sont fermées. Malgré la pression des ONG, l’UE ne veut pas mettre en difficulté les filières de pêche et soutient le renouvellement des flottes.

La pêche française est de plus en plus subventionnée, si bien que les organisations de producteurs se transforment en gestionnaires de quotas. L’image de marque du petit pêcheur étant sérieusement amoindrie, les labels sont appelés à la rescousse pour rassurer les consommateurs, qui paient plus cher des poissons provenant de zones non polluées ou de fermes aquacoles où le recours aux médicaments et à la génétique est réduit.

 



[1] Il s’agit de la part de la ressource conférée à un navire, un armement ou un patron-pêcheur.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus