Les paris d’EDF

Le 14 février 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Greenpeace n'est pas convaincu par les résultats 2016 d'EDF.
Greenpeace n'est pas convaincu par les résultats 2016 d'EDF.
VLDT

A la suite de ses résultats 2016, l’opérateur historique a esquissé sa feuille de route à moyen et long terme. Une stratégie risquée.

La présentation des résultats d’une entreprise est rarement une partie de plaisir. Et pourtant, la bonne humeur était de mise, ce mardi 14 février, pour la publication du bilan 2016 d’EDF. L’avenue qui borde le siège parisien du groupe avait été balisée par des militants de Greenpeace de panonceaux jaunes siglés ‘Faillite d’EDF’. Une référence aux résultats de l’étude d’Alphavalue, publiée en novembre dernier. Dans la salle de réunion, Jean-Bernard Lévy, PDG de l’énergéticien, accueille les journalistes en leur souhaitant une bonne saint Valentin. Fin des sourires.

Car les chiffres de l’opérateur historique ne sont pas bons. A 71 milliards d’euros, le chiffre d’affaires recule de plus de 5% en un an. Estimé à 16,4 milliards, le bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (Ebitda) chute de 6%. A 4 milliards, le résultat net courant plonge de 15%.

Chiffres attendus

Mauvais, ces chiffres étaient en partie attendus. En témoigne la baisse, relative, du cours de l’action: -2,1%. Dans l’histoire du groupe, 2016 restera sans doute comme une annus horribilis. La fin des tarifs réglementés pour les professionnels lui a fait perdre des parts de marché. En mettant à l’arrêt de nombreux réacteurs, l’incident générique de l’acier au carbone a fait baisser de plus de 7% la production électronucléaire française. Montant estimé de la facture: 1 Md€. Les négociations avec Areva ne sont toujours pas bouclées pour racheter la division réacteur de l’ancien leader mondial du nucléaire. L’épine d’Olkiluoto n’est toujours pas enlevée du pied d’Areva.

Fessenheim pas fermée

De même, le calendrier de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim n’est pas arrêté. A ce sujet, Jean-Bernard Lévy a confirmé que les deux réacteurs alsaciens ne s’arrêteraient pas avant la fin 2018. Au mieux. Les prix du marché de gros de l’électricité en Europe sont restés historiquement bas (29 €/MWh, en moyenne, pour les trois premiers trimestres). Et à mesure que croît la surcapacité de production en Europe, personne n’imagine un redressement rapide et durable des prix.

De quoi entraver la bonne marche du groupe français. Qu’importe, pour Jean-Bernard Lévy, «EDF reste une entreprise robuste. Et si 2016 et 2017 sont des années difficiles, reconnaît-il, nous voyons se profiler avec certitude le rebond pour 2018.» Son ampleur dépendra toutefois de nombreux facteurs indépendants du groupe.

Amortissement cinquantenaire

Tout endettée qu’elle soit (107 Md€ de dette brute: +12% depuis 2014!), EDF a de grandes ambitions. D’abord prolonger le plus longuement possible la durée de vie de ses réacteurs. Incidemment, Xavier Girre, directeur financier, a confirmé que les 34 tranches du palier de 900 MW seraient amorties en… 50 ans. De quoi réduire les charges d'amortissement des actifs et de désactualisation des provisions à hauteur de 1 Md€ pour l'année 2016.

Rentable, dans les délais

De quoi aussi faire enrager l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), laquelle ne prévoit pas de donner un avis générique sur la prolongation desdits réacteurs avant 2018, voire 2019. Cet allongement nécessitera la poursuite du Grand Carénage, dont le coût avoisine, lui aussi, la centaine de milliards d’euros. Parallèlement, le groupe lance la construction des deux tranches EPR au Royaume-Uni, sur son site de Hinkley Point. Ce chantier de 21 Md€ (part consolidée dans les comptes de l’énergéticien français) devrait prochainement débuter, a confirmé le patron d’EDF Energy, Vincent de Rivaz, pour ne s’achever qu’en 2025. «Le projet sera rentable», assure ce spécialiste de l’hydroélectricité. A condition de tenir les délais de construction des deux EPR. Ce qu’Areva et EDF n’ont pas su faire en Finlande et en Normandie.

EPR optimisé

Avec 4 réacteurs au tapis pour ces prochains mois[1], l’énergéticien prépare le remplacement de son parc, à partir de 2030. «Les études sont en cours, elles mobilisent une centaine d’ingénieurs», précise Jean-Bernard Lévy. Le nom du successeur des 900 MW, 1.300 MW, 1.450 MW est connu: il s’agira d’un EPR ‘optimisé’, qui n’existe pour l’heure que sur le papier.

Comment financer tous ces programmes, alors que la consommation devrait décroître, que les prix stagnent? Sur les 10 milliards d’actifs qu’il devait céder d’ici à 2020, EDF en a déjà vendu pour plus de 6 milliards. Les coûts seront, comme de juste, comprimés. Raison pour laquelle l’entreprise va supprimer 5.000 emplois, sans licenciement. Le groupe va aussi lancer, durant le premier trimestre, une augmentation de capital de 4 milliards d'euros. L'Etat réglera les trois quarts de la note. Tout cela est connu.

Pour la suite, Jean-Bernard Lévy aimerait bien conclure, en France, un accord comparable à celui signé avec le gouvernement britannique: chaque EPR pourrait fonctionner pendant 60 ans et fournir des MWh à un prix fixe (130 €/MWh pour les EPR de Hinkley Point). Validé par la Commission européenne, ce concept est politiquement risqué pour un gouvernement. Industriellement, il pourrait aussi enfermer la France, pour un siècle, dans un glacis ‘tout nucléaire’. Au moment où s’effondrent les coûts de production des sources de production décentralisée. Un sacré débat pour la présidentielle!

 



[1] Bugey 5, Fessenheim 2, Graveline 5, Paluel 2

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus