Les palmiers à huile sur tourbières non viables en Indonésie

Le 11 décembre 2015 par Hélène Huteau
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Une tourbière en feu à Kalimantan (Indonésie)
Une tourbière en feu à Kalimantan (Indonésie)
Peter van Eijk

Non seulement les plantations de palmiers à huile et de bois de pâte à papier sur les tourbières de la péninsule de Kampar (Indonésie) ne sont pas écologiques, mais elles ne sont pas non plus viables, prédit un nouveau rapport scientifique, commandé par l’ONG Wetlands International.

Les tourbières sont des terres riches en carbone et en humidité, qui forment un tampon protecteur contre les aléas climatiques (inondations et sécheresses). Or, sur la péninsule de Kampar qui représente le plus grand dôme de tourbe de Sumatra et Kalimantan, les entreprises APP et April ont drainé toute la bande côtière ainsi qu’une partie de la forêt de l’intérieur des terres, pour y planter des acacias, future pâte à papier, et des palmiers à huile.

 

L’institut scientifique Deltares vient de publier les résultats d’une étude sur l’impact de l’assèchement des tourbières pour ces plantations, à la demande de l’ONG Wetlands International. Selon cette étude, en 2014, 31% de la surface plantée de la péninsule de Kampar souffrait déjà régulièrement d’inondations et de sécheresses. Mais d’ici 25 ans, c’est 71% de la surface cultivée qui sera atteinte, 83% d’ici 50 ans, et 98% dans un siècle. La conclusion des scientifiques est sans appel: les plantations pour la pâte à papier et l’huile de palme ne sont pas viables économiquement à moyen et long terme sur ces tourbières.

 

Les feux liés aux cultures

Autre mise en évidence: 99% des feux de forêt qui ont eu lieu ces 15 dernières année sur la péninsule de Kampar se sont déclarés sur les zones de plantation. Pour Wetlands International, les entreprises APP et April, qui possèdent les plus grosses concessions sur la péninsule, doivent abandonner leur mode de culture sur sol drainé et rétablir l’hydrologie de ces sols afin d’éviter les inondations, les feux et la perte de productivité de terres à grande échelle. L’ONG recommande des alternatives de culture sur zones humides, pour l’industrie papetière indonésienne, dans la feuille de route qu’elle a développée avec des partenaires de la société civile.

 

Le rapport de l’institut Deltares fait tomber les arguments de l’industrie papetière, laquelle prétend régulièrement qu’elle peut stopper la perte de tourbières et l’affaissement des sols par des techniques améliorées de gestion de l’eau. April, notamment, a développé le système «eco-hydro» spécialement pour les tourbières. Mais les scientifiques soulignent que ces techniques ne font que ralentir le phénomène d’affaissement, et cela de guère plus de 20%.

 

Fumées et GES

Présent à un événement organisé en parallèle de la conférence Climat de l’ONU à Paris, Marcel Silvius, de Wetlands International, a averti que «des millions d’hectares de tourbières dégradés [vont] augmenter les risques d’incendie durant les périodes sèches pour les décennies à venir. Il [sera] alors trop tard pour les restaurer». Une partie du sud-est de l’Asie a en effet été touché par des fumées denses provenant d’incendies durant les saisons sèches des années 1990, causant des pertes estimées à 9,3 milliards de dollars (8,5 Md€). Des millions de personnes ont été touchées. En septembre dernier, Singapour, la Malaisie et l’Indonésie étaient sous la fumée à cause de feux de forêt sur les îles de Sumatra et Kalimantan.

Le gouvernement indonésien prévoit de former un groupe de travail sur la restauration des tourbières, ainsi que de nouvelles lois pour améliorer leur gestion et restreindre les incendies, les émissions de gaz à effet de serre et les fumées qui en découlent. Weltand International appelle à revoir également les règlements existants au vu des nouvelles preuves scientifiques sur l’affaissement et les inondations des tourbières.



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