Les orthophosphates ne suffisent pas à traiter le plomb dans l’eau

Le 21 novembre 2017 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Un seul traitement par des orthophosphates ne garantit pas le respect de la limite de qualité européenne
Un seul traitement par des orthophosphates ne garantit pas le respect de la limite de qualité européenne

Dans un avis publié ce 21 novembre, l’Anses[1] se penche sur l’exposition au plomb de la population par la consommation d’eau potable. Elle émet des doutes sur le traitement des eaux par les orthophosphates, soulignant qu’il s’agit d’une «mesure de protection possible mais non suffisante à elle seule».



[1] Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 

 

 

Si notre eau potable contient du plomb, c’est souvent à cause des canalisations du réseau de distribution. Il provient des branchements publics reliant la canalisation principale au compteur, ou encore de branchements privés situés dans de vieux logements. Une présence qui n’est pas anodine sur le plan sanitaire puisqu’elle expose la population à un risque de saturnisme. Cette intoxication aigüe ou chronique s’avère plus fréquente et plus grave chez les jeunes enfants. La contribution de l’eau potable à l’exposition moyenne au plomb est de 14% chez les bébés de 13 à 36 mois[1].

 

10 usines en Ile-de-France

Pour respecter la limite de qualité européenne, de 10 microgrammes par litre (μg/l), deux types de solutions sont possibles. Remplacer les canalisations en plomb, bien sûr, ou dissoudre le plomb des eaux transportées dans le réseau de distribution. Dans ce cas, l’ajout d’acide phosphorique ou de ses dérivés, les orthophosphates, peut s’appliquer aux eaux moyennement ou fortement minéralisées (pH d’équilibre inférieur à 7,5). Avantage: ce traitement forme une couche protectrice sur les parois internes des canalisations. C’est la solution qui a d’ailleurs été choisie par 10 usines de production d’eau potable franciliennes entre 2003 et 2013.

 

Limite de qualité fluctuante

Comme les données manquent sur la suppression des canalisations en plomb du réseau français d’eau potable, l’Anses s’est penchée sur l’intérêt de maintenir le traitement aux orthophosphates au regard de la qualité de l’eau et de l’écologie microbienne des réseaux. Et les résultats ne s’avèrent guère concluants. En effet, ce traitement ne permet pas de garantir la qualité de l’eau du robinet. Si les orthophosphates diminuent généralement la concentration en plomb, «cette baisse varie selon les sites, les caractéristiques de l’eau et la nature du réseau», relèvent les auteurs de cette expertise collective.

 

Impacts méconnus

Deuxième conclusion: les données manquent pour évaluer les impacts de ce traitement sur la qualité de l’eau potable. Aucun effet négatif n’a toutefois été signalé par les distributeurs d’eau auditionnés quant à la qualité physico-chimique ou microbiologique des eaux. Les impacts sur l’environnement semblent par ailleurs se limiter aux zones concernées par le traitement.

Dernier résultat: il est actuellement impossible d’évaluer les impacts sanitaires précis des orthophosphates sur la réduction de la plombémie (taux de plomb dans le sang).

 

Un objectif prioritaire de santé publique

En conclusion, l’Anses recommande que toute nouvelle mise en œuvre d’un tel traitement s’accompagne d’études visant à évaluer ses impacts, en particulier sur la qualité microbiologique de l’eau et sur l’environnement, à cause d'une hausse de la charge en phosphore des eaus rejetées par les stations d'épuration. Une étude de biosurveillance pourrait aussi préciser ses impacts sanitaires.

L’Agence estime in fine que ce traitement constitue «une mesure de protection possible mais non suffisante à elle seule», tout en soulignant que la réduction de l’exposition de la population au plomb reste «un objectif prioritaire de santé publique».

 

Une solution parmi d’autres

L’expertise souligne les autres solutions existantes: le traitement au niveau de la production d’eau potable par neutralisation, reminéralisation ou décarbonatation, la poursuite du remplacement des canalisations publiques et privées au plomb[2] et la sensibilisation des professionnels et des usagers, en particulier dans les logements anciens.

 

Mesures de prévention

Du côté des consommateurs, des mesures simples de prévention existent aussi. A commencer par laisser couler l’eau au robinet avant de la prélever pour la boire ou l’utiliser pour la cuisson (tout en réservant les premières eaux à d’autres usages pour éviter le gaspillage). Enfin, il est conseillé d’éviter d’utiliser l’eau du circuit d’eau chaude pour la cuisine ou les boissons car la température élevée favorise la dissolution des métaux.

 



[1] d’après l’étude de l’alimentation totale infantile publiée par l’Anses en septembre 2016

[2] L’Agence suggère aussi d’améliorer la connaissance des canalisations pour mieux estimer l’exposition de la population au plomb dans l’eau.

 



Sites du groupe
Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus