Les organochlorés mis en cause dans des lymphomes

Le 16 novembre 2011 par Romain Loury
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Les pesticides organochlorés sont liés à un risque accru de lymphome non hodgkinien, un cancer des cellules sanguines à la hausse depuis le milieu du XXe siècle, selon une étude danoise publiée dans la revue Environmental Health Perspectives.
L’incidence de ce cancer a quasiment doublé depuis les années 1970, mais stagne depuis les années 1990, phénomène dont les raisons demeurent inconnues. Et si le lymphome non hodgkinien est particulièrement fréquent chez les personnes immunodéprimées (transplantés, séropositifs), ces deux groupes n’expliquent pas à eux seuls cette évolution.
 
Hypothèse plusieurs fois évoquée, l’utilisation de pesticides organochlorés comme le DDT ou le chlordane, désormais interdits dans les pays développés par la convention de Stockholm mais qui persistent dans l’environnement, notamment dans notre alimentation. Selon plusieurs travaux, ces agents auraient un effet délétère sur le système immunitaire.
 
C’est ce lien entre pesticides et lymphome non hodgkinien que semble conforter une étude menée par l’équipe d’Ole Raaschou-Nielsen, de l’université d’Aarhus (Danemark). Parmi ses principaux atouts, elle est l’une des rares à avoir analysé la présence de pesticides non pas dans le sang mais dans le tissu adipeux [1], et la seule à porter sur des mesures effectuées avant le diagnostic du cancer (et non après).
 
Les chercheurs se sont penchés sur plus de 57.000 Danois suivis entre 1993 et 1997 dans le cadre d’une grande étude nationale sur l’alimentation et le cancer. Parmi eux, 239 personnes souffrant d’un lymphome non hodgkinien ont été comparées à autant de personnes n’ayant pas développé ce cancer.
 
Résultat: les personnes renfermant le plus de DDT dans le tissu adipeux avaient 35% plus de risques. Idem pour deux métabolites du chlordane, le cis-nonachlor et l’oxychlordane, avec des risques accrus de 13% et 11%. Les chercheurs n’ont en revanche rien trouvé pour les PCB, bien que le lien avec ce cancer ait été suggéré lors de précédentes études.
 
Si les auteurs jugent crédible l’hypothèse d’un effet sur le système immunitaire, la preuve définitive d’un lien de causalité reste à apporter. Demeure notamment la possibilité que d’autres agents toxiques s’accumulant en même temps que les organochlorés, comme les dioxines, les furanes ou d’autres PCB, soient les vrais responsables.
 
[1] Comme d’autres polluants organiques persistants [POP], les pesticides organochlorés, de nature lipophile, s’accumulent dans le tissu adipeux. Son analyse livre donc une meilleure évaluation de l’exposition à long terme.
 
 


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