Les opportunités de ce nouveau monde de brut

Le 30 octobre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Chaque année, les Etats consacrent plus de 500 Md$ à subventionner la cosommation d'énergie.
Chaque année, les Etats consacrent plus de 500 Md$ à subventionner la cosommation d'énergie.
DR

La chute des prix du brut pourrait fortement faire évoluer l’économie de l’énergie et du développement.

Cela n’a pas échappé à la presse. Depuis quelques temps, le prix du baril de pétrole a entamé une dégringolade à vitesse grand V. Ces derniers jours, on déboursait en moyenne entre 80 et 86 dollars (63,4 à 68 euros) pour un baril: 25% de moins qu’au début de l’été. Nombre d’analystes estiment qu’il s’agit là d’un mouvement de fond. Les prix de l’or noir seraient donc appelés à rester dans une fourchette allant de 70 à 90 $/baril (55,5 à 71,3 €).

Plusieurs raisons expliquent ce retour à un pétrole moyennement cher. Il y a, bien sûr, la poursuite de la révolution énergétique imposée aux états-Unis par l’exploitation des faramineux gisements d’hydrocarbures non conventionnels. En quelques années, ces pétroles de roche et autre gaz de schiste ont fait passer l’Hyperpuissance d’importateur à exportateur d’hydrocarbures. Ce qui ne s’était pas vu depuis la présidence Johnson. . Conséquence logique: les prix chutent.

Production accrue

Mais ce n’est pas la seule raison. Malgré l’effondrement des prix, certains pays producteurs ont maintenu, voire accru, leur niveau de production. Personne n’avait ainsi imaginé que la Libye, déchirée par un semblant de guerre civile, pourrait tripler sa production entre les mois de juin et septembre.

Depuis le début de l’année, la puissante Arabie saoudite ouvre chaque mois un peu plus ses vannes. Et dans l’ensemble, l’Opep suit peu ou prou le même mouvement, confirme l’Agence internationale de l’énergie (AIE). En septembre, le cartel a mis près de 31 millions de barils par jour sur le marché: 5% de mieux qu’en mars.

Certains ont vu dans ce mouvement apparemment contradictoire (on accroit la production alors que les prix ont déjà baissé) le signe d’une vaste manipulation des marchés pétroliers. Son objectif supposé: priver de devises des pays producteurs dont les intérêts seraient contraires à ceux des états-Unis et de l’Arabie saoudite. Personne ne peut en apporter la preuve mais, de fait, la chute des revenus pétroliers ne fait pas l’affaire de tout le monde.

Train de vie

Certains pétro-états, comme l’Iran, le Venezuela ou la Russie, ont de très gros besoins d’équipements ou d’ambitieux programmes sociaux. Ces politiques ont été conçues en période de pétrole cher. Leur pérennité est désormais compromise. Téhéran ne peut continuer de vivre sur le même train qu’en vendant son pétrole à 136 $/baril (107,7 €).

A moins de 120 $ (95 €), a calculé la Deutsche Bank, le Venezuela n’équilibre plus son budget. Ce qui aura non seulement des répercussions à Caracas, mais aussi dans toutes les Antilles où le gouvernement bolivarien distribue son pétrole à vil prix.

La Russie peut continuer à renforcer l’armée rouge et à dilapider ses ressources financières tant que le baril flirte avec les 100 $ (79 €). En dessous, la situation pourra ressembler étrangement à celle qui a prévalu dans les années 1980 et qui a, en partie, conduit à l’effondrement de l’URSS.

La fin du fracking?

Est-ce si simple? Pas sûr. Car, s’il réjouit les faucons américains, le nouveau paradigme pétrolier fait enrager les pétroliers… américains. Le prix de l’extraction des hydrocarbures non conventionnels est élevé. Bien plus cher, en tout cas, que celle du brut léger saoudien. Un afflux d’or noir à bas prix ne pourra qu’entraver, voire stopper, le développement du fracking US.

En deçà de 80 $ le baril, le pétrole non conventionnel US n’est plus rentable. Le même problème touche tous les producteurs d’huiles lourdes (Venezuela) ou situées dans l’ultra-profond (Brésil). Dans une conférence à Londres, en début de semaine, le secrétaire général de l’Opep, Abdalla El-Badri, a rappelé que le cartel était prêt à porter sa production à 40 millions de barils/jour. Ce qui ressemble à un avertissement sans frais à ses compétiteurs du Nouveau monde.

Dans d’autres régions du monde, on est plutôt tout sourire. L’Union européenne, qui consacre 500 milliards d’euros par an à ses achats de pétrole et de gaz ne peut voir que d’un très bon œil la réduction du montant de sa facture. Et la baisse annoncée des revenus de la Russie.

Quid des subventions?

C’est aussi le cas de très grands pays agricoles. Directement (pour faire tourner tracteurs et machines) et indirectement (fabrication d’intrants), l’agriculture est un secteur énergivore. En Inde, les subventions à la consommation de gazole et à la distribution de nourriture amputent de près de 15% le budget gouvernemental.

Raison pour laquelle, rappelle The Economist, New Delhi va profiter de la baisse des prix des produits raffinés pour mettre fin aux subventions à la consommation de gazole et libéraliser les prix des combustibles fossiles. Les émirats arabes unis doivent suivre cette voie d’ici la fin de l’année. A peine élu, le nouveau président indonésien a promis de couper, d’ici 2015, les subventions au gazole et au super, qui coûtent 23 Md$/an à l’archipel.

Selon l’AIE, les pays producteurs et consommateurs consacrent plus de 520 Md$/an à subventionner la demande de carburants et de combustibles fossiles. L’Iran consacre ainsi l’équivalent de 15% de son PIB à baisser artificiellement le prix du gazole, de l’essence et de l’électricité. Des pays comme l’égypte, l’Algérie, le Venezuela, l’équateur consacrent plus de 5% de leur PIB à cet usage.

Changer la donne n’est pas, socialement notamment, chose aisée. Mais ce n’est qu’à ce prix que ces Etats, souvent fragiles, trouveront de nouvelles ressources financières pour se développer et se libérer de la contrainte carbone.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus