Les ONG s’unissent contre l’incinération

Le 30 septembre 2011 par Célia Fontaine
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Plus de 650 associations présentes dans 90 pays dénoncent aujourd’hui 30 septembre[1] la pratique de l’incinération des déchets, et en particulier l’affectation de fonds publics destinés à lutter contre le changement climatique au profit de l’incinération et de la mise en décharge.
 
En France, des tarifs de rachat préférentiels de l’électricité issue de l’incinération et des taux de TVA réduits sur la chaleur issue de l’incinération et du stockage de déchets sont en vigueur[2]. Le gouvernement considère que ces avantages sont alloués à une forme d’énergie propre et renouvelable. La fraction biodégradable des déchets ménagers est en effet reconnue comme source d’énergie renouvelable par l’Union européenne depuis 2001.
 
Les incinérateurs produisent en moyenne 1,819 mégawattheure (MWh) d’énergie primaire par tonne de déchets brûlée, soit 0,156 tonne équivalent pétrole (tep). Mais la part d’énergie vendue, après transformation en chaleur ou électricité, est plus réduite, en raison de l’autoconsommation ou de l’absence de valorisation sur certains sites. Sur les 130 incinérateurs français, 112 valorisent l’énergie des déchets (97% du tonnage incinéré)[3]. Et produisent 13 térawattheures par an. 27 usines ont une capacité annuelle d’incinération inférieure à 50.000 tonnes, et 25 usines, avec une capacité annuelle supérieure à 150.000 tonnes, traitent environ la moitié de la quantité annuelle incinérée en France, selon l’Ademe.
 
Pour les Amis de la terre, le Centre national d'information indépendante sur les déchets (Cniid) et la Fondation France Libertés, ces aides sont néfastes car elles soutiennent une énergie «sale» et devraient être abolies. «En détournant ces flux d’argent public vers l’incinération et la mise en décharge, les autorités poursuivent la promotion de deux sources d’énergie qui freinent non seulement la réduction et le recyclage des déchets mais aussi le développement des énergies renouvelables, un secteur dans lequel la France est très en retard», expliquent les ONG dans un communiqué du 30 septembre.
 
Si l’incinération a mauvaise réputation auprès de l’opinion publique, c’est que ce mode de traitement a été responsable, par le passé, d’émission de dioxines pouvant causer des cancers. Aujourd’hui, les pouvoirs publics insistent sur le fait que les incinérateurs français respectent tous les normes établies (voir le JDLE), et que l’énergie produite par les incinérateurs représente une opportunité à saisir pour limiter les gaz à effet de serre (le méthane notamment) et développer les énergies renouvelables.
 
Mais de nombreuses incertitudes planent toujours sur les impacts sanitaires de l’incinération. D’autre part, cette filière émettrait, chaque année en France, l’équivalent en CO2 de 2,3 millions de voitures, selon les associations. Le stockage est quant à lui «un fort producteur de méthane, un gaz participant activement au réchauffement climatique», explique Delphine Lévi Alvarès, chargée de mission au Cniid.
 
Dans le reste du monde, les multinationales qui ont développé ces modes de traitement les exportent aujourd’hui dans les pays en développement en profitant de financements liés à la lutte contre le changement climatique. «Via notamment le mécanisme de développement propre (MDP) -dont l’objectif est d’aider les pays riches à limiter leurs émissions de CO2 en finançant des projets à moindre coût dans les pays du Sud- on encourage les pays pauvres à industrialiser leurs modes de traitement des déchets (incinérateurs, décharges), à un coût social, environnemental et économique insupportable», regrette Anne-Laure Wittmann, des Amis de la Terre.


[1] Le réseau mondial Gaia (Global Alliance for Incinerator Alternatives) a déclaré cette date «journée mondiale contre l’incinération des déchets»
[2] Le tarif d’achat de l’électricité produite par les incinérateurs est composé d’un tarif de base (4,5 à 5 c€/kWh) auquel s’ajoute une prime à l’efficacité énergétique comprise entre 0 et 0,3 c€/kWh. La chaleur des incinérateurs, en tant qu’énergie renouvelable, permet aux réseaux de chaleur de bénéficier du taux réduit de TVA à 5,5%, selon l’Ademe.
[3] La production thermique (6.600 GWh) du parc d’incinérateurs français est deux fois plus importante que la valorisation électrique (3.500 GWh).


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