Les ONG environnementales russes: des nids d’espions

Le 22 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'association de protection du Baïkal n'a pas résisté aux fortes amendes judiciaires.
L'association de protection du Baïkal n'a pas résisté aux fortes amendes judiciaires.
Baikal Environmental Wave

La justice russe utilise des lois contre l’espionnage pour réprimer les ONG environnementales et de protection des irradiés.

 

Dans la France du XIXe siècle, on les appelait les lois ‘scélérates’. Dans la Russie du XXIe siècle, on préfère parler de loi sur les «agents de l’étranger». Votée en 2012, la loi fédérale no121-FZ, visant à «réguler les activités des organisations non commerciales qui agissent avec la fonction d’agent de l’étranger» impose aux collaborateurs d’ONG recevant un financement de l’étranger de s’enregistrer en tant qu’«agents étrangers», conformément à la loi fédérale «relative à la trahison et à l’espionnage» du 23 octobre 2012.

Traître, espion

En Russie, ‘l’agent de l’étranger’ est un euphémisme pour désigner le traître ou l’espion étranger. Et pour le Kremlin, la promulgation des lois de 2012 demeure un excellent moyen de contrecarrer les actions de grandes ONG, actives dans la défense des droits de l’homme ou la protection de l’environnement.

Dans un rapport publié mardi 21 novembre, Human Right Watch (HRW) s’inquiète des conséquences de l’application du texte liberticide pour les associations spécialisées dans la protection de l’environnement et des victimes des radiations. Ses chercheurs ont interviewé 18 responsables des 29 ONG environnementales russes inscrites sur les registres de la justice: 14 ont déjà fermé leurs portes ou suspendu leurs activités.

Activité politique

L’inscription sur les registres judiciaires est une obligation légale pour les ONG financées ou supposées recevoir des financements de l’étranger. Ensuite, c’est le règne de l’arbitraire. Etre considéré comme un ‘agent de l’étranger’ interdit toute activité politique. Or, de l’aveu des dirigeants des associations interviewés, les magistrats russes peuvent considérer l’évaluation de quotas de chasse, la visite de sites nucléaires à l’étranger ou la dénonciation d’actes illégaux comme des actes politiques. Avec des sanctions à la clé. Traînés devant les tribunaux, associations et activistes écopent régulièrement de lourdes amendes: jusqu’à 500.000 roubles (7.180 euros) pour les ONG et 300.000 roubles (4.307 €) pour un militant.

Frapper au portefeuille

A ce rythme, les victimes sont nombreuses. Et les forces militantes clairsemées. Pour avoir organisé une conférence scientifique internationale sur l’avenir du lac Baïkal, Baikal Environmental Wave a été condamnée à 150.000 roubles d’amendes et trois de ses adhérents doivent régler une ardoise de 50.000 chacun. Après 25 ans d’existence, l’association basée à Irkoutsk a cessé toute activité.

A Ozersk, la Planète des espoirs soutenait les milliers de victimes des accidents nucléaires qui ont secoué l’immense complexe nucléaire de Mayak, situé à proximité. Pour avoir ouvert des délégations dans d’autres villes atomiques interdites et publié des articles critiquant l’industrie nucléaire nationale, l’ONG et ses dirigeants ont été frappés au portefeuille. Certains se sont exilés à l’étranger. Les autres essaient d’oublier leurs anciennes activités militantes.

L’année de l’écologie

Célèbre pour avoir, dans les années 1990, dénoncé les pollutions radioactives de la flotte de sous-marins soviétiques, l’organisation norvégienne Bellona avait ouvert une succursale à Mourmansk, siège de la flotte du nord. Certifiée ‘agent de l’étranger’, Bellona Murmansk a été condamnée à trois reprises à de lourdes amendes. Incapable de régler la note, le bureau a été dissous. Une bonne nouvelle au moment où la Russie célèbre son année de l’écologie.



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