Les oméga-3 remis en cause

Le 18 avril 2012 par Romain Loury
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Les Oméga-3 à longue chaîne ne seraient pas si bons
Les Oméga-3 à longue chaîne ne seraient pas si bons

Les oméga-3 ne seraient pas si efficaces pour prévenir les accidents cardiovasculaires chez les personnes en ayant déjà subi un, estiment des chercheurs coréens dans les Archives of Internal Medicine.

Ce sont les oméga-3 à longue chaîne, comme l’acide eicosapentaénoïque (EPA) et l’acide docosahexaénoïque (DHA) présents dans le poisson, que Sang Mi Kwak, de l’université nationale de Séoul (Corée du Sud), et ses collègues ont étudiés. Des molécules dont les bienfaits cardiovasculaires font encore l’objet de doutes.

En cause, plusieurs études contradictoires: certaines, parmi les plus anciennes, montrent un effet protecteur, d’autres, plus récentes, suggèrent l’absence d’effet, voire un effet négatif. Une contradiction que les chercheurs ont tenté de résoudre en menant une méta-analyse, type d’étude consistant à grouper plusieurs essais individuels afin d’en augmenter la force statistique.

Publiées entre 1995 et 2010, les 14 études retenues, portant sur 20.485 personnes ayant déjà souffert d’un accident cardiovasculaire, étaient toutes des essais contre placebo, menés en double aveugle: les participants comme les chercheurs n’ont pris connaissance de la nature du traitement, oméga-3 ou placebo, qu’à la fin de l’étude.

Résultat: la prise d’EPA ou de DHA n’était liée à aucune baisse du risque cardiovasculaire, notamment d’infarctus. Une légère baisse de la mortalité cardiovasculaire (-8%) était observée, mais ce chiffre était trop faible pour être significatif. «Notre méta-analyse révèle l’insuffisance des preuves d’une prévention secondaire à base d’oméga-3 contre le risque cardiovasculaire», commentent les chercheurs.

Dans un éditorial, Frank Hu et JoAnn Manson, de la Harvard Medical School (Boston, Massachusetts), émettent plusieurs critiques: petite taille des études retenues, courte période de suivi des participants (de 1 à 4,7 ans)… mais surtout exclusion de deux grandes études, l’une italienne de 1999 (l’essai Gissi) et l’autre japonaise de 2007 (l’essai Jelis), considérées comme des références.

Si elles ont bien suggéré les bénéfices préventifs des oméga-3, ces deux études n’ont pas été menées en double aveugle, mais en ouvert, à savoir sans comparaison avec un placebo. Ce qui peut générer des biais dans la conduite de l’étude, comme une meilleure attention accordée par les participants à leur alimentation, empêchant de bien cerner les effets des oméga-3.

Les oméga-3 pourraient aussi être victimes des progrès médicaux: le recours aux statines, médicaments utilisés en prévention du risque cardiovasculaire, est désormais quasi-universel, alors qu’elles n’étaient prises que par une minorité de patients lors d’études plus anciennes.

«Les bénéfices additionnels [des oméga-3] sont probablement assez faibles par rapport aux statines, aux bêtabloquants et aux inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine», expliquent Frank Hu et JoAnn Manson. Selon eux, seules des études encore plus grandes permettraient désormais de déceler un effet positif.

D’où l’étude que vient de lancer la Harvard Medical School, intitulée «Vitamin D and Omega-3 Trial» (VITAL), la plus grande jamais menée en double-aveugle sur le sujet: 20.000 participants âgés de plus de 50 ans, prenant soit des oméga-3, soit de la vitamine D, soit les deux, soit un placebo. Une taille jugée suffisante pour clore la polémique, dans un sens ou dans l’autre.



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