Les oméga-3, à éviter chez les cancéreux?

Le 21 septembre 2011 par Romain Loury
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Les oméga-3 pourraient induire des résistances à la chimiothérapie chez les patients cancéreux, selon une étude néerlandaise publiée dans la revue Cancer Cell.

 
Une découverte inattendue, obtenue presque par hasard: Jeanine Roodhart, du centre médico-universitaire d’Utrecht, et ses collègues s’intéressaient avant tout au phénomène, encore peu connu, des résistances à la chimiothérapie. Celles qui émergent au fil du temps chez certains patients cancéreux.
 
Menée sur la souris et des cellules humaines en culture, leur étude met en évidence un nouveau mécanisme de résistance.
 
A l’origine, des cellules-souches dites «mésenchymateuses» présentes dans le sang qui, en réponse au traitement, vont émettre un certain type d’acides gras, les «PIFAs» [1].
 
Or parmi les deux PIFAs que les chercheurs ont identifiés, figurent le KHT et le 16:4(n-3) [2]. Deux acides gras présents dans les compléments en oméga-3 que l’on trouve dans le commerce, sous forme de produits à base d’huile de poisson ou d’extraits d’algues.
 
«Les patients cancéreux utilisent souvent des produits à base d’huile de poisson parce qu’ils en attendent des effets positifs sur leur santé, notamment en prévention de la cachexie [amaigrissement] et des accidents cardiovasculaires, pour leurs effets anti-inflammatoires, pour empêcher la croissance tumorale ou les effets secondaires de la chimiothérapie», rappellent les chercheurs.
 
Ces produits pourraient dès lors avoir un effet contraire à celui espéré. Aux mêmes doses utilisées que chez l’homme, les suppléments testés chez des souris cancéreuses entraînaient une résistance au traitement. Aucun effet avec le seul EPA (acide eicosapentaénoïque), principal composant des huiles de poisson.
 
«En l’attente d’autres résultats, nous recommandons aux patients actuellement sous chimiothérapie de ne pas utiliser ces produits», va jusqu’à conclure l’un des co-auteurs de l’étude, Emile Voest, cité par un communiqué du centre médico-universitaire d’Utrecht.
Interrogé par la revue NutraIngredients, le vice-président de l’organisation GOED (Global Organization for EPA and DHA Omega-3s), Harry Rice, se montre critique quant aux conclusions des auteurs. «Chaque étude est la pièce d’un puzzle, et celui-ci est loin d’être achevé», indique-t-il.
 
Il cite notamment une récente étude, qui a au contraire montré que les patients traités pour un cancer du poumon et prenant des produits à base d’huile de poisson répondaient mieux à leur chimiothérapie.
 
[1] «PIFAs» pour Platin-Induced Fatty Acids, ou acides gras induits par le platine, en français. Les dérivés de platine constituent l’une des chimiothérapies les plus utilisées. Les PIFAs n’apparaissaient pas avec les autres anticancéreux testés.
[2] Le nom complet du KHT est l’acide 12-oxo-5,8,10-heptadécatriénoïque, celui du 16:4(n-3) est l’acide hexadéca-4,7,10,13-tétraénoïque.


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