Les oiseaux paient un tribut toujours plus lourd à la fée Electricité

Le 29 novembre 2011 par Geneviève De Lacour
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Flamants, cigognes, pélicans, rapaces et autres oiseaux migrateurs ont bien du mal à passer entre les mailles du filet que tissent les 70 millions de kilomètres de lignes électriques déployées à travers le monde (à la fin de l'année 2010), selon un communiqué de l’organisation des Nations unies pour la protection de l’environnement (Pnue) publié le 24 novembre.

Dans la seule région Afrique-Eurasie, chaque année des dizaines de millions d'oiseaux entrent en collision avec ces câbles et en meurent. Des centaines de milliers d'autres périssent électrocutés, selon une étude publiée par la Convention sur les espèces migratrices (CMS), aussi appelée Convention de Bonn, en marge de sa conférence internationale qui s’est déroulée la semaine dernière à Bergen, Norvège. Et le bilan risque de s’alourdir, puisque de 70,5 millions km de lignes électriques, le Pnue prévoit une extension de ce réseau à 76,2 millions km d'ici 2015.

«Aux côtés de la chasse, collisions et électrocutions sont parmi les causes d'origine humaine les plus importantes pour la mortalité des oiseaux», explique l'ornithologue néerlandais Hein Prinsen, rapporteur de l'étude. Pour ces oiseaux, déjà victimes de la destruction de leur habitat par l'homme et du réchauffement climatique, ces accidents font planer une menace de déclin, voire d'extinction, au moins à l'échelle locale.

Chaque mort est un coup dur pour les plus grosses espèces dont le rythme de reproduction est généralement lent. Chez les grues et les cigognes, la disparition d'un adulte entraîne souvent la mort des oisillons qui ont besoin de leurs deux parents.

«A l'heure actuelle, l'Europe de l'Est est un gros point noir, notamment pour l'outarde barbue et les oiseaux de proie, souligne John O'Sullivan, un ancien de la Royal Society for the Protection of Birds. Mais les pires problèmes pourraient bientôt se retrouver en Inde et en Afrique, où les réseaux électriques se développent à toute vitesse

En Afrique du Sud, 12% des grues de paradis, l'oiseau national, meurent tous les ans des suites de collision. Sur un site d'observation en Camargue, 122 flamants roses ont aussi perdu la vie de cette manière en 5 ans. Les collisions sont plus fréquentes près des zones de regroupement des oiseaux, tels que les points d'eau et les couloirs de migration, tandis que les électrocutions ont souvent lieu dans des régions pauvres en végétation et donc en perchoirs naturels.

«Le coût pour la société est incontestablement élevé, à cause des pannes électriques qui paralysent l'industrie, mais aussi des accidents liés à l'obscurité causée par les blackouts, estime John O'Sullivan. D'un point de vue financier, il est donc sensé d'essayer de résoudre ce problème.»

Ces accidents peuvent avoir des conséquences insoupçonnées. «Surtout dans les zones sèches, aux Etats-Unis et en Europe de l'Est, il arrive que l'oiseau brûle, qu'il tombe au sol en flammes et qu'il provoque ainsi un feu de forêt», explique le rapporteur de l’étude.

Pour prévenir les accidents, différentes mesures sont possibles. La plus évidente est l'enfouissement des lignes électriques, une solution mise en place avec succès notamment aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et au Danemark, mais qui est aussi la plus coûteuse.

Mais en ces temps de contraintes financières, d'autres solutions, plus simples, sont tout aussi efficaces. Il s’agit, par exemple, de rendre les lignes électriques plus visibles grâce à des avertisseurs visuels, de les équiper de perchoirs ou encore de renforcer leur isolation.

A titre d'exemple, l'étude montre que modifier les 46.000 km de lignes du réseau électrique hongrois coûterait quelque 220 millions d'euros, soit 10 fois moins que la facture estimée pour leur enfouissement.

Le prix à payer pour pouvoir continuer de regarder les oiseaux passer.

 


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