Les océans plus souvent en surchauffe

Le 12 avril 2018 par Romain Loury
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Les océans connaissent aussi des canicules
Les océans connaissent aussi des canicules
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Avec le changement climatique, les vagues de chaleur marines se font plus fréquentes: selon une étude publiée mardi 10 avril dans la revue Nature Communications, le nombre annuel de jours de surchauffe a augmenté de 54% depuis 1925.

Absorbant la grande majorité de la chaleur engendrée par le réchauffement, les océans sont en première ligne face aux changements climatiques en cours. Outre une augmentation de la température moyenne de l’eau de surface, les vagues de chaleur se font plus fréquentes.

Fréquence en hausse de 34%

Selon leur analyse de relevés in situ et par satellite de la température marine, Eric Oliver, océanographe à l’université Dalhousie d’Halifax (Nouvelle-Ecosse, Canada), et ses collègues estiment que cette fréquence s’est élevée en moyenne de 34% entre les périodes 1925-1954 et 1987-2016, tandis que leur intensité s’est accrue en moyenne de 17%.

Au final, le nombre de jours par an au cours desquels les océans sont en surchauffe a augmenté de 54% entre les deux périodes.

L’Atlantique Nord plus touché

Cette tendance, qui s’est accélérée depuis le début des années 1980, touche certaines régions plus que d’autres: l’Atlantique nord (au-dessus de 50° de latitude) est ainsi la région où la fréquence s’est le plus élevé, devant les régions subtropicales.

De la même manière qu’à terre, les vagues de chaleur marines sont étroitement liées à la hausse moyenne de la température de surface des océans, notent les chercheurs.

Des effets sur la biodiversité

Selon Eric Oliver, elles «ont un impact important sur le fonctionnement des écosystèmes marins, sur la biodiversité, l’activité des pêcheries, le tourisme et l’aquaculture, avec des effets économiques parfois forts».

De telles vagues de chaleur pourraient même renforcer le réchauffement en cours: exemple sur la côte ouest de l’Australie, frappée en 2010-11 par une intense vague de chaleur, qui a éliminé de nombreux herbiers marins, gardiens d’importants stocks de carbone marin. Ces épisodes pourraient aussi accélérer le déclin des coraux, ou favoriser une surmortalité d’invertébrés.

Le «tapis roulant» océanique se grippe

Autre signe du réchauffement, le ralentissement de la circulation océanique mondiale, que deux études publiées mercredi 11 avril dans Nature mettent en évidence dans l’Atlantique. Cet océan est le siège de l’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation), qui voit les eaux tropicales remonter, via le Gulf Stream, le long des côtes orientales  des Etats-Unis, puis longer l’Atlantique Nord où elles se refroidissent pour plonger en profondeur au niveau de la mer de Norvège.

Alimenté par les gradients latitudinaux de chaleur, ce «tapis roulant océanique» montre des signes d’épuisement: il serait même à son plus faible niveau depuis près de deux millénaires. Selon la première étude, menée à l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (Allemagne), le débit charrié par l’AMOC aurait ainsi diminué de 15% depuis 1950.

Un effet observé dès 1850

L’autre étude, menée par l’University College de Londres et la Woods Hole Oceanographic Institution (Massachusetts), date ce ralentissement de l’AMOC  à la fin du Petit âge glaciaire, en 1850, avec un affaiblissement plus marqué ces dernières décennies.

Pour l’un des auteurs de cette seconde étude, «ce qui est commun entre les deux périodes de ralentissement –la fin du Petit âge glaciaire et les dernières décennies-, c’est qu’elles se caractérisent toutes deux par un réchauffement et une fonte. Ces deux phénomènes vont se poursuivre dans le future en raison de l’émission continue de dioxyde de carbone».



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