Les océans, jusqu’à 170% plus acides en 2100

Le 08 octobre 2014 par Romain Loury
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Les coraux, parmi les premières victimes de l'acidification
Les coraux, parmi les premières victimes de l'acidification

D’ici à 2100, l’acidification des océans pourrait encore s’accroître de 170%. Le phénomène constitue une menace majeure pour la biodiversité marine, qui souffre déjà de ces effets, selon un rapport publié en marge de la 12ème conférence des parties (COP12) à la Convention sur la diversité biologique, qui se tient à Pyeongchang (Corée du Sud).

 

Ces 200 dernières années, les océans ont absorbé environ un quart du CO2 produit par l’homme. Conséquence: l’acidité des océans s’est accru de 26% depuis l’ère préindustrielle, soit une baisse du pH d’environ 0,1 unité. Et la tendance devrait s’accélérer, notent les experts dans le rapport publié en marge de la conférence de Pyeongchang.

Selon le scénario le plus optimiste du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), celui d’un pic de CO2 à 443 ppm en 2050 puis d’un déclin à 421 ppm en 2100, le pH océanique pourrait encore diminuer de 0,1 unité. Selon le plus pessimiste, qui suit la tendance actuelle avec une teneur en CO2 de 936 ppm en 2100, il devrait baisser de 0,3 unité

L’acidité pourrait donc s’accroître de 25% à 170% d’ici la fin du siècle. Nul n’est besoin de préciser que la biodiversité marine va fortement en pâtir. Entre autres effets, l’acidification empêche la calcification des larves de mollusques et d’échinodermes, perturbe l’équilibre physicochimique des organismes, altère les capacités sensorielles de nombreuses espèces, aussi bien de poissons que d’invertébrés.

A l’inverse, les macroalgues et le phytoplancton non calcifié, par exemple les diatomées, pourraient bénéficier d’une hausse du CO2, qui boosterait leur photosynthèse. Ce qui laisse donc entrevoir, au-delà d’une destruction généralisée des écosystèmes, d’un déséquilibre croissant en leur sein.

De premiers effets observés pour l’homme

Retour à l’envoyeur, l’acidification des océans devrait fortement réduire les services écosystémiques rendus à l’homme. De premiers effets sont déjà observés, notamment dans le nord-ouest des Etats-Unis, où la forte mortalité survenant dans les élevages ostréicoles est imputée à la baisse du pH. A terme, la fragilisation des coraux, dont la survie et la croissance est diminuée à pH acide, pourrait compromettre l’alimentation de 400 millions de personnes à travers le monde.

Seuls 16% de la population estime que les effets de l’acidification sont déjà visibles, 33% estiment qu’ils le seront dans les 20 prochaines années, révèle une enquête publiée lundi dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Menée sur plus de 10.000 personnes de 10 pays européens, dont la France, elle montre que l’acidification est, parmi les menaces qui guettent l’environnement marin, la moins bien connue du public, loin derrière la pollution et la surpêche.

Selon les auteurs du rapport, il faut remonter à 56 millions d’années pour retrouver une situation similaire. Lors de ce PETM (Paleocene-Eocene Thermal Maximum), la température mondiale s’est élevée de 5°C, avec des émissions de carbone estimées jusqu’à 3.000 gigatonnes sur une période de 10.000 ans.

Or si rien n’est fait pour infléchir la tendance actuelle, 5.000 gigatonnes sont attendues dans les 500 prochaines années. Selon des analyses de paléontologues, il aura fallu 100.000 ans aux océans pour se remettre du PETM, ce qui laisse songeur quant aux capacités des océans à récupérer des dommages déjà infligés.

«Même si les émissions de CO2 étaient réduites dès maintenant, l’acidification des océans se poursuivrait sur des dizaines de milliers d’années», concluent les auteurs du rapport.



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