Les obscures retombées de l’incendie de l’usine Lubrizol

Le 30 septembre 2019 par Stéphanie Senet
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L'incendie s'est déclaré le 26 septembre sur le site rouennais
L'incendie s'est déclaré le 26 septembre sur le site rouennais
Sécurité Civile

De nombreuses zones d’ombres persistent après l’incendie qui s’est produit le 26 septembre sur le site de l’usine Lubrizol –classées Seveso seuil haut- à Rouen.

S’il est maîtrisé, l’incendie de l’usine d’additifs pour lubrifiants n’en a pas fini avec ses retombées. Odeurs nauséabondes persistantes, galettes d’hydrocarbures sur la Seine, cultures agricoles à ne pas récolter… Si la préfecture se veut rassurante, de nombreuses données manquent encore à l’appel pour connaître l’état exact de la pollution de l’air, de l’eau et des sols à Rouen.

Si l’on se réfère au communiqué publié le 28 septembre par la préfecture de Seine-Maritime, il est fait état d’une «qualité de l’air habituelle au plan sanitaire» hormis en matière de benzène sur le site de l’usine. Sans qu’une quelconque concentration ne soit communiquée.

Fortes teneurs en plomb

En ce qui concerne les suies, des teneurs élevées en métaux ont été relevées à proximité du site ou sous les vents, en particulier pour le plomb dont une concentration de 2.230 microgrammes par mètre carré a été observée à la gare maritime et deux valeurs proches de 1.000 µg/m2 à proximité de l’usine. Aucun seuil réglementaire ni valeur de référence sanitaire n’est malheureusement disponible pour le plomb présent dans les poussières extérieures. Dans un communiqué, l’association Respire déplore de nombreuses zones d’ombre. «Les analyses chimiques publiées par la préfecture ne révèlent aucun problème. Tout va bien en quelque sorte. Pourtant la composition chimique des matières brûlées reste à identifier, de même que la nature des molécules libérées par l’incendie», écrit-elle.

De l’amiante dans la toiture

Quant à l’amiante, il faudra attendre le 1er octobre pour obtenir les résultats des mesures. Alors que le site de Lubrizol en renferme. «Le préfet de Seine-Maritime a confirmé l’existence d’amiante dans la toiture des bâtiments qui ont brûlé. Lorsqu’un incendie ravage plusieurs milliers de kilomètres carrés de toiture amiantée, ces plaques portées à très haute température libèrent des milliards de fibres d’amiante dans l’air en explosant», rappelle pourtant l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva). Conclusion : quels que soient les résultats des mesures visant les poussières au sol, ceux-ci ne seront que partiels. C’est pourquoi l’Andeva a décidé de déposer une plainte pour une mise en danger de la vie d’autrui. L’ONG soutient par ailleurs la création d’une commission d’enquête parlementaire réclamée le 28 septembre par plusieurs députés dont Delphine Batho (non inscrite, Deux-Sèvres), François-Michel Lambert (Libertés et territoires, Bouches-du-Rhône) et Eric Coquerel (LFI, Seine-Saint-Denis).

Lubrizol dépose plainte. S'appuyant sur des vidéos et des témoignages occulaires, l'industriel américain a engage une action judiciaire. Déposée samedi 28 septembre, la plainte vise la destruction involontaire «par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence», a précisé le le procureur de la république de Rouen à l’AFP.

Privés de récoltes, les agriculteurs restent dans l’expectative. Dans l’attente des analyses en cours (les résultats sont attendus dans une semaine), la préfecture leur recommande de ne pas récolter leurs productions ni de tenter d’enlever les dépôts de suies. Si un plan de surveillance renforcée est annoncé pour les denrées d’origine végétale et animale, aucune information complémentaire n’a encore été communiquée, quatre jours après l’incendie. «Les agriculteurs sont inquiets, la priorité est d’effectuer des prélèvements pour lever le doute. Il peut y avoir des métaux lourds, des dioxydes, du plomb dont le principe de précaution s’applique pleinement», a déclaré le préfet de l’Oise Louis Le Franc lors d’une conférence de presse.

Les particuliers sont logés à la même enseigne. La préfecture leur conseille seulement de ne pas consommer les fruits et légumes produits dans des potagers et des jardins familiaux, marqués par des dépôts de suies, ni de nourrir des animaux avec des aliments similaires. L’eau de pluie recueillie depuis le jour de l’incendie ne doit par ailleurs être utilisée pour aucun usage.

Eau noire au robinet

Quelques heures après la diffusion sur Twitter d’une vidéo montrant de l’eau noire au robinet, la métropole a affirmé que l’eau était potable dans l’ensemble des 71 communes. «Les réservoirs d’eau potable de la rive nord, sur laquelle s’est concentré le panache de fumée, ont tous été vérifiés», a-t-elle assuré. La préfecture de Seine-Maritime avait déjà donné son feu vert à la consommation de l’eau du robinet, y compris dans les secteurs touchés par les panaches de fumées.