Les obèses cachés de l’IMC

Le 11 avril 2012 par Romain Loury
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Différencier la graisse des muscles.
Différencier la graisse des muscles.

L’épidémie américaine d’obésité serait largement sous-estimée, en raison de  la faible sensibilité de l’indice de masse corporelle (IMC), selon une étude publiée dans la revue PLoS ONE.

Créé en 1832 par le Belge Adolphe Quetelet, l’IMC, qui mesure la taille rapportée au poids, est utilisé afin de caractériser le surpoids (au-dessus de 25 kg/m2) et l’obésité (dès 30 kg/m2). Très répandu car d’usage simple, cet indice ne constitue pourtant qu’une «estimation mathématique imprécise» de l’adiposité, jugent Nirav Shah et Eric Braverman, chercheurs à l’université de New York.

Principal défaut, il ne différencie pas la graisse et les muscles, aux effets opposés sur la santé. Conséquence: plus de la moitié des cas d’obésité réelle, identifiée par la méthode DXA [1], passeraient à travers ses mailles, selon l’étude menée par les deux chercheurs sur 1.393 adultes.

Parmi ces participants, 64% étaient des obèses réels, contre seulement 25% avec l’IMC. Soit 39% d’ «obèses de poids normal», personnes à l’IMC correct mais à l’adiposité trop importante. Une situation qui les met autant à risque de maladies cardiaques et de diabète.

Ces obèses cachés sont encore plus nombreux chez les femmes, dont 48% sont détectées par DXA sans l’être par l’IMC. La discordance s’accentue avec l’âge, phénomène que les chercheurs attribuent à la fonte musculaire survenant avec le vieillissement, plus prononcée que chez les hommes.

Deux pistes pour rendre l’IMC plus efficace : abaisser ses seuils d’obésité -à 24 kg/m2 chez les femmes, 28 kg/m2 chez les hommes-, ou l’ajuster grâce à un facteur simple à mesurer : la leptine, protéine produite par les tissus graisseux. En rehaussant l’IMC de 5 à 15 kg/m2 en fonction de l’âge et du taux sanguin de leptine, les chercheurs parviennent à des valeurs plus compatibles avec le DXA.

«Alors que l’IMC est moins précis qu’une mesure directe de l’adiposité pour prédire le risque de maladies, la possible amélioration de cet indice utilisé mondialement aura de grandes implications en termes de santé publique», prévoient les chercheurs.

Un IMC plus fiable afin de mieux mesurer l’obésité et… l’échec des politiques sanitaires. Notamment celui de la campagne « Healthy People 2010 », lancée en janvier 2000 aux Etats-Unis et qui prévoyait de revenir à un taux d’obésité de 15% en 2010. Résultat : il est actuellement de 35,7%, selon les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Un chiffre obtenu avec le seul IMC.

[1] L’absorption biphotonique à rayons X (DXA) est une méthode d’imagerie utilisée afin de mesurer la densité osseuse (ostéodensitométrie) et la masse graisseuse.



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