Les nouvelles surprises du nucléaire français

Le 13 janvier 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email


Le gouvernement semble décider à soutenir fortement le secteur nucléaire national. D’abord, en lui permettant de construire de nouveaux réacteurs. Ensuite, en facilitant l’exportation de centrales tricolores. Quitte à écorner la doctrine de l’Autorité de sûreté nucléaire.

Ségolène Royal a décidément bien évolué sur le nucléaire. En 2011, quand elle tentait d’être de nouveau la candidate des socialistes à l’élection présidentielle, l’ex-présidente du conseil régional de Poitou-Charentes se montrait plutôt réservée à l’égard de l’atome. L’ancienne ministre de l’environnement de François Mitterrand entendait ramener le nucléaire «à une énergie d'appoint» et s'était prononcée pour une sortie du nucléaire à «échéance de 40 ans maximum». Ce qui supposait un changement de la législation. La candidate à la candidature promettait aussi d'abandonner la construction de l’EPR de Flamanville et d'en faire un site de recherche sur les techniques de démantèlement et les énergies renouvelables. Les deux sujets étant intimement liés, comme chacun sait.

Construire une nouvelle génération de réacteurs

Désormais, la ministre en charge de l’énergie voit positivement le nucléaire à sa porte. Dans un entretien exclusif accordé à nos confrères de L’Usine Nouvelle, Ségolène Royal revendique le fait de ne pas avoir limité à 40 ans la durée de vie des réacteurs français «comme le voulaient les écologistes». «A l’international, ce serait un couperet trop idéologique. Certaines centrales peuvent vivre plus longtemps.» Se conformant à la doctrine tricolore [qui ne fixe pas de durée de vie maximale aux réacteurs mais laisse à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) le soin d’apprécier si un réacteur peut ou non continuer à fonctionner, ndlr], la locataire de l’hôtel de Roquelaure estime qu’il «faut aussi programmer la construction d’une nouvelle génération de réacteurs, qui prendront la place des anciennes centrales lorsque celles-ci ne pourront plus être rénovées».

La messe n’est pas dite

Le projet de loi sur la transition énergétique pour la croissance verte limitant la puissance nucléaire installée à 63,6 gigawatts électriques (la puissance actuelle), Ségolène Royal confirme que, «lorsque le réacteur EPR de Flamanville dans la Manche va ouvrir, deux autres devront fermer. A ce stade, c’est Fessenheim puisqu’il n’y a pas d’autres propositions sur la table». La tête de série du dernier-né d’Areva ne devant pas démarrer avant 2017 (selon le dernier calendrier publié par EDF), les deux réacteurs «à fermer» devraient donc fonctionner jusqu’au début 2016, puisque «18 mois avant la mise en service de la nouvelle centrale, EDF devra s’engager à en fermer une autre pour respecter le plafonnement», insiste la ministre. Ainsi, la promesse de François Hollande pourrait être tenue. Mais la messe n’est pas dite. La loi n’est pas définitivement adoptée et les décrets d’application nécessaires pas encore publiés. A suivre donc…

Projet de loi Macron

Soutenant la construction de réacteurs dans l’Hexagone, le gouvernement est aussi un fervent supporteur de l’équipe de France nucléaire. Un soutien qui prend des chemins tortueux. Dans le volumineux projet de loi «pour la croissance et l’activité», en cours de discussion à l’Assemblée nationale, les services d’Emmanuel Macron ont ainsi glissé une disposition passée inaperçue, mais qui fait bondir l’ASN. L’article 54 «ajoute aux attributions de l’Autorité de sûreté la possibilité de se prononcer, au stade de la conception, sur la sûreté des technologies promues par l’industrie française à l’export et à formaliser sa coopération avec les autorités en charge de la sûreté des autres pays». «L’Etat nous demanderait de certifier les réacteurs qu’Areva proposerait à l’international, ce qui est tout à fait contraire à la doctrine française en la matière», tonne l’un des responsables de l’ASN.

15 à 20 ans d’apprentissage

Révisée en 2008, au moment où le gouvernement Fillon était tenté de vendre un EPR à la Libye, cette doctrine prévoit que le pays acheteur soit démocratique, qu’il dispose d’une autorité de sûreté qualifiée et indépendante assurant le licensing d’un réacteur. «Rédiger une loi et bâtir une telle autorité, cela demande 5 ans. A quoi s’ajoute le temps de la construction et de la mise en service de la centrale. Finalement, l’apprentissage de la sûreté nucléaire demande 15 à 20 ans à un nouveau pays nucléaire. On ne peut la sous-traiter à un gendarme étranger», accuse notre responsable.

Ce cri d’alarme a été entendu. Le groupe Europe Ecologie-les Verts a déposé un amendement visant à supprimer l’article 54 du projet de loi Macron. Selon l’exposé du groupe écologiste à l’Assemblée, permettre à l’Autorité de sûreté nucléaire de réaliser les examens de conformité des machines françaises destinées à l’export «la place en position de cliente des entreprises qu’elle contrôle sur le territoire français. Faire de l’ASN un prestataire de services des industriels de la filière nucléaire n’est pas souhaitable».



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus