Les nouvelles menaces de l’acidification des océans

Le 26 août 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En réduisant les populations de phytoplancton, l'acidification va contribuer à réchauffer la planète.
En réduisant les populations de phytoplancton, l'acidification va contribuer à réchauffer la planète.
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Nos émissions croissantes de CO2 contribuent à faire baisser le pH des mers. Cette acidification croissante du Grand Bleu devrait porter un rude coup à la biodiversité marine et contribuer à accélérer le réchauffement climatique.

L’acidification des océans est l’une des conséquences les moins bien connues de l’accroissement de la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère. Le grand principe est simple: l’océan absorbe le quart du CO2 anthropique. Dans l’eau de mer, le dioxyde de carbone est dissous sous la forme d’acide carbonique. Depuis le début de l’ère industrielle, l’océan a ainsi absorbé plus de 150 milliards de tonnes de gaz carbonique, occasionnant, globalement, une baisse du pH de 0,14 unité.

Les poissons s’en tirent bien

Cette acidification aura de graves conséquences sur la faune et la flore marines. En compilant les résultats de 167 études, deux chercheurs de l’institut Alfred Wegener (Allemagne) viennent d’en dresser le contour. Dans un article paru dimanche 25 août dans Nature Climate Change, Astrid Wittmann et Hans-Otto Pörtner ont évalué les menaces pesant sur les coraux, les échinodermes (oursins), les mollusques, les crustacés et les poissons, selon les scénarios RCP 6 et RCP 8,5 du Giec ; ceux-ci prévoyant respectivement des concentrations de 670 parties pour million et 936 ppm de CO2 dans l’atmosphère en 2100.

Dans les deux cas, les coraux, les échinodermes et les mollusques sont les animaux les moins capables de s’adapter à un environnement à l’acidité croissante. Selon les deux scénarios climatiques retenus, le pH pourrait diminuer de près de 0,3 unité d’ici 2050. Pas grand chose? Si, hélas. Le pH est, en effet, une grandeur logarithmique de la concentration en ion hydrogène. Une telle diminution correspond à un doublement de l’acidité de l’océan entre l’ère pré-industrielle et 2050. Pour les deux chercheurs, ce phénomène est trop rapide pour de nombreuses espèces. Il pourrait en résulter une importante redistribution de la faune marine au cours des prochaines décennies.

Moins d’algue = plus de chaleur

Ce phénomène pourrait, en outre, être couplé à un autre dégât collatéral de l’acidification. Dans un article, également publié dimanche par Nature Climate Change, une équipe dirigée par Katharina Six (Max Planck Institute de Hambourg) affirme que l’acidification va contribuer au réchauffement climatique. Les chercheurs ont reconstitué le fonctionnement d’un océan à l’acidité croissante dans des mésocosmes. Selon ces modélisations, certains phytoplanctons détestent franchement l’acidité. Problème: ces micro-algues rejettent du sulfure de diméthyle (DMS) dans l’atmosphère.

Ce composé organosulfuré est oxydé en composés soufrés (dont le dioxyde de soufre) qui augmentent l’albédo de certains nuages, contribuant ainsi à renvoyer vers l’espace une fraction de l’énergie solaire. En réduisant les populations de phytoplanctons, l’acidification pourrait donc réduire la production de DMS et, ce faisant, contribuer à accélérer le réchauffement climatique. En se basant sur le scénario du Giec A1B (stabilisation des émissions vers 2050 à environ 80 milliards de tonnes d’équivalent CO2 par an), les auteurs estiment que la chute d’émission de DMS pourrait accroître le forçage radiatif de 0,4 watt/mètre carré d’ici la fin du siècle. Soit l’équivalent du quart du réchauffement imputable à nos émissions de GES depuis 1750.



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