Les nouveaux outils de la finance carbone

Le 07 octobre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Henri de Castries ouvre la chasse au carbone chez Axa.
Henri de Castries ouvre la chasse au carbone chez Axa.
Axa

Les investisseurs doivent désormais traquer le carbone dans leurs actifs financiers. Un exercice difficile suscité par la loi sur la transition énergétique.

Des années durant, investisseurs institutionnels, gestionnaires d’actifs, raiders en étaient sûrs: la finance n’avait aucun effet sur le climat. Leur réponse n’était en rien dictée par la mauvaise foi. Mais par une relative méconnaissance des questions climatiques. Et surtout l’absence totale d’information sur le bilan carbone des portefeuilles d’actions ou d’obligations.

Une situation qui devrait un peu évoluer en France, notamment avec l’article 173 de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte qui oblige bon nombre d’entreprises du secteur financier à évaluer «les émissions de gaz à effet de serre associés aux actifs détenus». Un message bien compris par certains. Le 22 mai dernier (trois mois avant la publication de la loi Royal!), Henri de Castries, le patron d’Axa, annonçait la publication en 2016 de l’empreinte carbone des actifs détenus par le premier assureur du monde.

Emissions et intensité carbone

Un exercice inédit pour les investisseurs. Gérant la retraite complémentaire de près de 5 millions de fonctionnaires, l’Ircantec s’est appuyé sur Allianz Global Investors (AGI) pour traquer le carbone caché dans ses 9 milliards d’euros de réserves. La filiale «gestion d’actifs» du fournisseur de services financiers allemand a développé un outil d’évaluation de la performance carbone des entreprises. Celui-ci évalue les émissions (scope 1 et 2) des entreprises, leur intensité carbone et propose des solutions concrètes pour alléger l’empreinte carbone du portefeuille ainsi passé au crible. Ce benchmark n’exclut pas de secteur a priori: «80% des risques climatiques sont concentrés dans trois secteurs[1]», rappelle Anne-Claire Abadie, gérante ISR chez AGI.

Exit les entreprises aux pratiques à risque

On préfère donc mettre de côté les entreprises aux pratiques jugées à risque (construire des centrales au charbon à faible rendement, absence d’objectif de réduction d’émission, forage en Arctique, déforestation) ou celles impliquées dans des controverses (accidents, pollutions, dégradation des terres). Les entreprises sont ensuite classées en plusieurs catégories: best performer (sociétés les moins émettrices par rapport à leurs pairs), best effort (sociétés réalisant des efforts notables) et best solution (sociétés dont les produits ou les activités permettent de réduire fortement les émissions).

Pour convaincre la filiale de la Caisse des dépôts de la pertinence de son outil, Allianz l’a testé. «Nous avons montré, explique Anne-Claire Abadie, qu’un portefeuille dont on sélectionnait les entreprises selon leur performance climatique pouvait, à rendement financier comparable, réduire de plus de 35% les émissions de carbone et de 26% l’intensité carbone.»

La dette souveraine n’est plus ce qu’elle était

Un tel système peut aussi s’appliquer aux obligations souveraines. Créée par Sylvain Chateau, la société Beyond ratings propose aux investisseurs des fiches pays d’un genre nouveau. «Nous étudions les politiques Energie et Climat des pays et au vu de ces critères nous jugeons de la capacité des Etats à rembourser leur dette», explique l’ancien patron d’Enerdata. En travaillant en partenariat avec le Cired, Enerdata, Carbone 4, Beyond Ratings a développé une matrice d’analyse de risques originale qui lui a permis de noter, notamment à travers le prisme climatique[2], la dette publique d’une cinquantaine de pays. Ce qui change un peu la donne. «Jusqu’à présent, les investisseurs pensaient que la plupart des dettes souveraines ne comportaient aucun risque. Or, en se basant sur les critères économiques habituels mais aussi sur nos évaluations énergie climat, nos études montrent bien que ce n’est pas le cas», poursuit Sylvain Château, qui se refuse pourtant à dévoiler les pays dont il faut vendre séance tenante les obligations.



[1] Les matériaux de base, les services aux collectivités et la production d’énergie.

[2] Sans oublier la démographie, les risques systémiques, l’accès à l’eau ou aux terres arables.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus