Les nouveaux enjeux de la surveillance de l’air

Le 15 février 2016 par Yves Leers
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Marie-Banche Personnaz, , directrice générale d’Air Rhône-Alpes.
Marie-Banche Personnaz, , directrice générale d’Air Rhône-Alpes.
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En France, la qualité de l’air est surveillée par un dispositif dense d’observatoires –les associations agréées de surveillance de la qualité de l'air (Aasqua)- qui tissent une toile efficace au-dessus de nos têtes, mais laissent encore échapper des polluants non réglementés comme les pesticides et les particules ultrafines. Ces observatoires, dont le statut est obsolète, sont submergés par les demandes alors que les moyens ne suivent pas. Explications avec Marie-Blanche Personnaz, directrice générale d’Air Rhône-Alpes à Lyon, réseau de mesures qui fait désormais le lien entre qualité de l’air et changement climatique.

Que pensez-vous du récent rapport de la Cour des comptes (JDLE du 25 janvier) selon lequel la lutte contre la pollution de l'air n’est pas une priorité nationale?

La Cour des comptes a raison dans son analyse au scalpel. Il s’agit d’un des meilleurs rapports sur le sujet. Elle reconnaît que le dispositif de surveillance est efficace pour les polluants réglementés dont les concentrations ont baissé. Mais elle dit aussi qu’il faut mieux prendre en compte des polluants dont la nocivité est clairement identifiée, comme les pesticides ou les particules ultrafines[1]. Or il n’existe pas de réglementation spécifique relative à la surveillance des pesticides dans l'air ni à celle d’autres polluants. De toutes façons, nous n’avons pas les moyens de tout surveiller même si nous essayons de le faire. Mais l’attente vis-à-vis d’une information fiable sur la qualité de l’air est de plus en plus forte. Pour les pesticides, nous pensons tous qu’il est urgent de mener une campagne nationale sur leur présence dans l'air.

 

Nouvelles missions: les budgets suivent-ils?

Pour mieux surveiller des polluants comme les pesticides, et d’autres comme les polliniques ou les particules ultrafines issues du chauffage au bois en foyers ouverts, il nous faudrait effectivement des moyens supplémentaires. Or c’est le contraire qui se passe. Depuis des années, la dotation de l’Etat baisse globalement (3,3% par an) mais le plus grave n’est pas là. C’est le risque de retrait des départements qui nous inquiète le plus depuis la disparition de la clause générale de compétence dans le cadre de la réforme territoriale. Comme si les départements n’avaient pas les compétences santé, environnement, routes … Nous devons nous battre pour trouver les crédits. Avec notre fédération nationale (Atmo), nous pensons qu’il n’est plus tenable de dépendre du bon vouloir de certaines collectivités, d’autant que nous les accompagnons tous les jours dans l’élaboration et le suivi des actions qu’elles mettent en place (plans Air-Energie-Climat, urbanisme, déplacements et bien sûr atmosphère).

 

Le statut associatif des Aasqua colle-t-il encore avec les missions que vous assumez?

Le système quadripartite (Etat, collectivités, industries, associations) est une bonne chose pour garantir notre indépendance et la qualité de la surveillance à condition qu’il soit équilibré, ce qui n’est plus le cas. L’Etat est moins présent, les départements risquent de se désengager et les industriels ne peuvent pas tout pallier. Nous souffrons aussi du statut ‘d’association agréée’ qui crée des confusions quant à notre rôle et ne correspond plus au travail que nous faisons. Ainsi, Air Rhône-Alpes a son siècle social à Lyon avec 5 autres pôles: Grenoble, Chambéry, Valence, St Etienne et bientôt, Clermont-Ferrand. En fait, notre rôle est celui d’un ‘observatoire’, terme que nous employons et qui est bien compris de tous. D’ailleurs, nous ne nous contentons pas de surveiller, nous modélisons, nous prévoyons. Le tiers de notre travail est consacré à l’amélioration des connaissances.

 

La pollution de l'air coûte plus de 100 Md€ par an à la France (2015) selon un rapport du Sénat intitulé ‘Pollution de l'air: le coût de l'inaction’. En décembre 2015, une étude de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) a calculé que la pollution de l’air avait fait 52.600 victimes en France en 2012 contre 72.000 en Allemagne et 84.000 en Italie. Pour l’ensemble de l’Union européenne, ce chiffre s’élève à 430.000 morts.

 

Sur quels polluants agir en priorité?

La Cour des comptes pense qu’il faut rendre obligatoire la surveillance des pesticides les plus nocifs dans l’air. Bien sûr, nous sommes d’accord mais, une fois de plus, il faut des moyens pour le faire et pas seulement des techniques. Les discussions avec les chambres d’agriculture ont commencé mais nous sommes face à un milieu traumatisé qui craint de revivre ce qui s’est passé pour l’eau. Il faudrait aussi une coordination au niveau national entre les ministères concernés. Pour les particules ultrafines (PM2,5 et PM10), il faut d’abord savoir sur quel vecteur agir. En Haute-Savoie, dans la vallée de l’Arve, à Grenoble et autour, le fonds Bois est un bon moyen pour accélérer le renouvellement des appareils de chauffage au bois. Pour le diesel, le plus gros pourvoyeur de particules des transports, la limitation de vitesse évite une remise en suspension des particules de même que le passage des poids lourds au GNV (JDLE du 2 février). Au final, en conjuguant plusieurs mesures, dont les restrictions de circulation en ville, on peut réduire la pollution de 40%. Et il ne faut pas négliger les populations précaires les plus exposées –en particulier les enfants et les personnes souffrant de pathologies respiratoires et cardiaques- vivant le long des axes routiers.

 

Un espace Air-Climat-Energie a été inauguré en novembre dernier près de Grenoble. Cela préfigure-t-il l’élargissement de vos missions?

Le lien ‘qualité de l’air et changement climatique’ ne fait pas de doute. C’est pourquoi nous avons participé à la création de l’ALEC de l’agglomération de Grenoble. Cette ‘maison commune’ met en avant les impacts réciproques de la pollution de l’air et du changement climatique. Il s’agit d’agir en faveur de politiques croisées Air-Climat-Energie, seules à même de traiter de façon convergente les problèmes liés à la pollution de l’air et aux dérèglements climatiques. Cette initiative volontaire, qui constitue le premier point d’information sur ces thématiques croisées en France, préfigure bien nos missions de demain. Tout est lié.

 



[1] Les émissions de particules ultrafines proviennent à 21% de l'agriculture, derrière le chauffage domestique (34%), l'industrie (31%) et devant les transports (14%).

 



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