Les nouveaux défauts du nucléaire français

Le 26 septembre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Forger de grosses pièces : un métier à risques.
Forger de grosses pièces : un métier à risques.
Areva

L’Autorité de sûreté publie la liste des pièces suspectes installées dans les réacteurs civils français.

En cours de construction, le réacteur EPR de Flamanville est-il maudit? Stephen King serait en droit d’en faire un scénario de film d’épouvante. Car, avant même sa mise en service, le dernier-né d’Areva semble ensorceler une partie du parc nucléaire français.

Tout commence en 2014. En cette fin d’année, Areva découvre que l’acier du fond de la cuve du réacteur normand et de son couvercle n’est pas conforme au cahier des charges. Certaines portions d’acier sont trop riches en carbone. De quoi réduire sa résistance aux contraintes thermiques et neutroniques d’un réacteur de 1.600 mégawatts en cours de fonctionnement. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) impose à l’industriel de mener des essais «chimiques et mécaniques» sur un couvercle de cuve similaire à celui du futur EPR normand.

400 pièces suspectes

Constructeur de la cuve et du couvercle, Areva se voit aussi contraint de réaliser une ‘revue de la qualité’ des fabrications réalisées dans son usine de Creusot Forge, d’où sortent les pièces incriminées. Après une première campagne d’investigations, jugée un peu rapide par l’ASN, l’ex-leader mondial du nucléaire dresse, début mai 2016, un premier bilan: environ 400 pièces forgées depuis 1965 dans les forges françaises présentent «des irrégularités dans le contrôle de fabrication». Une cinquantaine d’entre elles sont (ou ont été) en service dans les centrales tricolores.

Ces irrégularités, explique l’ASN, consistent en des incohérences, des modifications ou des omissions dans les dossiers de fabrication, lesquelles portent sur des paramètres de fabrication ou des résultats d’essais. Le gendarme du nucléaire demande à l’industriel de centrer désormais ses investigations sur les réacteurs en service dans l’Hexagone.

112 irrégularités

C’est finalement le 23 septembre que l’ASN communique les premiers résultats de l’enquête. La liste mentionne 87 irrégularités portant sur les réacteurs en fonctionnement, 20 portant sur des équipements destinés au réacteur EPR de Flamanville, une concernant un générateur de vapeur destiné au réacteur 5 de la centrale nucléaire de Gravelines et 4 portant sur des emballages de transport de substances radioactives. Après examen, EDF conclut que ces irrégularités n’ont pas de conséquence sur la sûreté des réacteurs concernés. Un peu court pour l’ASN.

«Aucune pièce n'est affectée par des problèmes de teneur en carbone», preuve de la résistance des pièces, à part la cuve pour laquelle l'ASN avait annoncé en avril 2015 une «anomalie sérieuse», a assuré, ce lundi, Antoine Ménager, directeur du chantier de l’EPR, lors d'une réunion de la commission locale d'information de Flamanville.

L’autorité présidée par Pierre-Franck Chevet a mené sa propre analyse, notamment sur les 23 cas présentant a priori le plus d’enjeux pour la sûreté: sont concernées les centrales du Blayais, du Bugey, de Chinon, de Civaux et de Fessenheim.

Haro sur Fessenheim

Dans 21 cas, estime l’ASN, «les écarts identifiés ne remettent pas en cause la sûreté des équipements concernés». Les experts de l’ASN et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) poursuivent l’examen d’un des générateurs de vapeur du réacteur 4 de la centrale nucléaire du Bugey, actuellement à l’arrêt: l’acier d’une de ces pièces aurait une teneur en carbone non conforme au cahier des charges.

Le 19 juillet dernier, l’ASN a indiqué avoir suspendu le certificat d’épreuve d’un générateur de vapeur du réacteur 2 de la centrale nucléaire de Fessenheim. Cette suspension entraîne le maintien à l’arrêt du générateur de vapeur et, par conséquent, celui d’un réacteur appelé à fermer prochainement.

 



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