Les non-dits du Wall Street Journal

Le 03 février 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Peut-on être un quotidien des affaires renommé et publier n’importe quoi? La réponse est oui. La semaine passée, l’habituellement très sérieux Wall Street Journal (WSJ) a inséré dans ses colonnes une tribune, signée par 16 scientifiques, et intitulée «Pas de panique avec le réchauffement climatique».

Ce texte, dont l’ineffable Claude Allègre est l’un des co-auteurs, ressasse les antiennes des négationnistes des changements climatiques: le CO2 n’est pas un polluant, le climat ne s’est pas réchauffé depuis une décennie, les modèles informatiques ont exagéré le «réchauffement additionnel», les climatologues font régner la terreur dans le monde de la recherche (le parallèle avec Lyssenko est établi) et ils exagèrent le résultat de leurs travaux pour attirer les financements...

Comme on pouvait s’y attendre, la réaction n’a pas tardé. Dans les heures qui ont suivi la publication du pamphlet climato-sceptique, 225 climatologues, membres de l’Académie des sciences américaines, ont rédigé un droit de réponse qu’ils ont proposé au prestigieux WSJ, lequel l’a refusé.

C’est finalement le magazine Science (édité par la prestigieuse association américaine pour l’avancement de la science, ndlr) qui l’a diffusé dans ses pages et sur son site. «Il y a des preuves irréfutables, complètes, solides et objectives que l’humanité modifie le climat à un point tel que cela menace nos sociétés et les écosystèmes dont nous dépendons», affirment les climatologues. Appelant à la fin d’un maccarthysme scientifique, ils appellent la société à mettre en œuvre des solutions efficaces pour réduire les émissions de GES.

Au-delà de ces échanges habituels, deux questions se posent.

Un journal de référence peut-il publier un texte bourré de contre-vérités scientifiques, signé de non-professionnels? Car, à une exception près (Richard Lindzen, le très controversé climatologue du MIT), aucun des auteurs de la diatribe publiée par le WSJ n’est… climatologue. Ce n’est pas une surprise, la plupart de ces scientifiques sont connus pour nier la réalité du changement climatique ou la relation entre accroissement de la concentration de gaz à effet de serre et élévation de la température moyenne globale. Tout aussi intéressant, la moitié d’entre eux ont été salariés ou ont vu leur activité subventionnée par l’industrie… pétrolière. Une information bien cachée par le quotidien des affaires.

Autre interrogation: peut-on, à des fins partisanes, faire dire à des chercheurs l’exact contraire de ce qu’ils ont publié?
Cité par les 16 rebelles, William Nordhaus crie à la contrefaçon. Dans leur libelle, les «sceptiques» expliquent que les travaux de l’économiste de l’université de Yale montrent que le retour sur investissement des politiques climatiques est négatif. Interrogé par le New York Times, l’auteur de Warming the World s’étrangle de rage. «Cet article présente une vision totalement erronée de mes travaux. Mes travaux montrent de longue date que les politiques visant à ralentir le réchauffement global seraient bénéfiques pour l’économie. Depuis des années, je milite pour l’introduction d’une taxe carbone, le meilleur moyen de s’attaquer au problème.»


Egalement cité, Kevin Trenberth réfute lui aussi totalement la façon dont les pamphlétaires utilisent ses écrits. Les 16 mercenaires font dire au climatologue du NCAR qu’il ne faut pas «compter sur un réchauffement en ce moment». Dans sa réponse, publiée sur Climate Communication, l’intéressé répond: Je me «plaignais de l’inadaptation des systèmes d’observation à un suivi complet des tendances au réchauffement dans l’océan profond et d’autres aspects des variations à court terme qui se produisent toujours, en même temps que la tendance de réchauffement à long terme lié aux activités humaines». Rien à voir effectivement.


Mensonges, déformation de propos ou d’écrits d’autres scientifiques, la méthode n’est pas sans rappeler celle de Claude Allègre qui, dans son pénultième ouvrage, multiplie les entorses à l’éthique scientifique. Ce qui lui a valu une mise au point de l’Académie des sciences et, dans une moindre mesure, du comité d’éthique, précisément, du CNRS.
 



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