Les néonicotinoïdes s’en prennent aussi aux oiseaux

Le 11 juillet 2014 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La bergeronnette printanière, un passériforme
La bergeronnette printanière, un passériforme
DR

Présents en grande quantité dans l’environnement, les néonicotinoïdes ne font pas que tuer les abeilles: en s’attaquant à tous les insectes, ils semblent participer au déclin des oiseaux qui s’en nourrissent. Une accusation lancée par une équipe néerlandaise dans la revue Nature.

Plus on en sait sur les néonicotinoïdes, plus on s’aperçoit que l’abeille n’en constitue qu’une victime parmi bien d’autres. Fin juin, une grande étude menée par un groupe de chercheurs internationaux, la Task Force on Systemic Pesticides, a même suggéré un effet sur l’ensemble des espèces, plus ou moins marqué mais toujours présent (voir le JDLE). Situation qui évoque le «Printemps silencieux» décrit en 1962 par Rachel Carson, ouvrage dans lequel la biologiste américaine dénonçait les ravages du DDT.

Résultats sans appel

Dans son étude, l’équipe d’Eelke Jongejans, de l’université Radboud de Nimègue (Pays-Bas), montre pour la première fois une corrélation très forte entre la présence d’imidaclopride dans l’environnement et le taux de croissance de 15 espèces de passériformes, avant tout insectivores. Les résultats sont sans appel: sur la période 2003-2010, les populations diminuent en moyenne de 3,5% par an dès que le taux d’imidaclopride dans l’eau de surface dépasse les 20 nanogrammes/litre.

Un tel déclin n’était pas observé dans la période 1984-1995, avant que les néonicotinoïdes n’arrivent sur le marché. De plus, le phénomène est bien lié à ces pesticides, et non à d’autres indicateurs d’une agriculture intensive. La relation entre néonicotinoïdes et disparition des oiseaux insectivores semble donc ne pas relever du concours de circonstance.

Une toxicité également directe?

S’il semble très probable que les passereaux trouvent moins à se nourrir, les chercheurs n’excluent pas l’idée d’une toxicité directe des néonicotinoïdes, comme l’a récemment fait la Task Force on Systemic Pesticides. Deux possibilités: soit par ingestion d’insectes contaminés, soit par celle de graines enrobées -plusieurs de ces espèces de passériformes étant aussi granivores. Dans les deux cas, l’oiseau accumulerait peu à peu ces neurotoxiques.

En mai 2013, la Commission européenne a fortement limité l’usage de trois néonicotinoïdes (clothianidine, thiaméthoxame, imidaclopride), pour une durée de deux ans à partir du 1er décembre 2013 (voir le JDLE). L’interdiction concerne les semences enrobées, les microgranules pour le traitement du sol et la pulvérisation pour le traitement foliaire, notamment sur certaines céréales -sauf celles d’hiver. Le traitement après floraison et l’utilisation sous serre reste en revanche autorisée.

Un appel à l'action

Dans un projet de résolution déposé mi-juin, le sénateur Joël Labbé (EELV) et le député Germinal Peiro (PS) appelle «le gouvernement français à agir auprès de l’Union européenne pour une interdiction de toutes les utilisations de ces substances néonicotinoïdes, tant que les risques graves pour la santé humaine, animale et l’environnement ne seront pas écartés».



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus