Les néonicotinoïdes, botte secrète de la limace

Le 05 décembre 2014 par Romain Loury
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La limace grise, de l'Europe vers d'autres continents
La limace grise, de l'Europe vers d'autres continents
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Nouveau coup pour les néonicotinoïdes: utilisés afin d’améliorer les rendements, ces insecticides pourraient au contraire le diminuer lorsqu’abonde la limace grise (Deroceras reticulatum), ravageur qui leur est insensible, révèle une étude américaine publiée dans le Journal of Applied Ecology.

Menée par Margaret Douglas, entomologiste à l’université d’Etat de Pennsylvanie, et ses collègues, cette étude est la première à «décrire un flux de néonicotinoïdes à travers une chaîne alimentaire et à révéler que les graines enrobées sont capables de rompre le contrôle biologique des ravageurs». En l’occurrence, celui de la limace grise.

Celle-ci n’étant pas un insecte, elle tolère plutôt bien les néonicotinoïdes, et se nourrit sans danger de graines enrobées au thiaméthoxame, comme le révèlent les tests en laboratoire. Imprégnée de ce poison, elle peut en revanche contaminer ses prédateurs, dont le carabe Chlaenius tricolor, qui le plus souvent meurt après avoir croqué une telle limace.

Or les chercheurs montrent qu’il en est de même en champ. Trente-cinq jours après avoir semé des graines enrobées de thiaméthoxame, les limaces étaient 67% plus abondantes qu’avec des semences normales, tandis que leurs prédateurs étaient 31% moins fréquents. Résultat: la densité de soja était réduite de 19%, le rendement de 5%.

Le problème des ravageurs «aggravé»

«Les semences enrobées de néonicotinoïdes sont souvent vues comme un moyen de lutte peu coûteux contre les ravageurs, or nos résultats montrent qu’ils peuvent parfois aggraver le problème et qu’ils doivent être utilisés avec vigilance», juge Margaret Douglas dans un communiqué de l’université d’Etat de Pennsylvanie.

Ou tout simplement être interdits, comme le demandent de nombreux défenseurs de l’environnement. Car les néonicotinoïdes sont accusés d’empoisonner bien au-delà des insectes, comme l’a révélé en juin un consortium international de chercheurs. De plus, les semences enrobées n’auraient aucune efficacité en termes de rendement, comme l’a déclaré l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) en octobre.

Dans l’Union européenne, l’usage des néonicotinoïdes est en partie suspendu depuis décembre 2013 pour une durée de deux ans, sur les plantes pollinisées par les abeilles. Or certaines des cultures non ciblées, dont le blé, intéressent fortement la limace grise, ravageur originaire d’Europe qui a envahi l’Amérique, l’’Asie, l’Afrique du Sud et l’Océanie.



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