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Les négociations climatiques repartent d’un mauvais pied

Le 03 octobre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
Les Chinois ont triplé, en 20 ans, leurs émissions de CO2 individuelles.
Les Chinois ont triplé, en 20 ans, leurs émissions de CO2 individuelles.

Réunis à Panama City, les diplomates du climat travaillent sur trois plans en même temps. Et il est peu probable que l’un d’entre eux fasse l’objet d’un consensus d’ici le sommet de Durban, qui s’ouvrira le 28 novembre.

Le dernier round des tractations climatiques avant le sommet de Durban s’est ouvert, samedi 1er octobre, à Panama City. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le moral n’est pas au beau fixe. Diplomates et sherpas ont dans leur cartable les derniers chiffres d’émission de gaz à effet de serre (GES). Et de quelque façon qu’on les observe, ils sont désastreux. La semaine passée, l’agence néerlandaise d’évaluation de l’environnement (PBL) a publié son étude annuelle. Résultats: les émissions mondiales de CO2 ont progressé l’an passé de 4,8%.
 
En 2010, l’humanité a rejeté 33 milliards de tonnes de gaz carbonique. L’observatoire américain de Mauna Loa, qui mesure depuis 1958 la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère, l’estime désormais à 391 parties pour million (ppm). Nous ne sommes plus qu’à 9 ppm d’une concentration au-delà de laquelle, affirment certains climatologues, un point de non-retour climatique pourrait être atteint.
 
Les statistiques néerlandaises sont intéressantes aussi parce qu’elles expliquent, en filigrane, les positions des uns et des autres dans la négociation.
 
Jusqu’au milieu des années 2000, les choses étaient simples. Les pays riches –disons les pays de l’OCDE, la Russie et l’Ukraine- étaient, depuis longtemps, les plus gros émetteurs. Et à ce titre, pouvaient non seulement être considérés comme les responsables du dérèglement climatique, mais aussi comme les plus gros pollueurs du moment.
 
Cette situation n’était pas contestée. Et en 1997, la quarantaine de pays les plus industrialisés signaient, à Kyoto, un protocole à la convention Climat des Nations unies (1992), les obligeant à réduire collectivement de 6% leurs émissions de GES entre 1990 et 2012. A quelques mois de l’échéance, force est de constater que l’hallucinant développement des grands pays émergents a totalement bouleversé la donne. Entre 1990 et 2010, révèle la PBL, la Chine a vu ses émissions bondir de 257% (Beijing émet désormais 9 Mdt/CO2/an); dans le même temps, les rejets indonésiens ont progressé de 194%, les indiens de 180%, les thaïlandais et les saoudiens de 160%, un peu plus que ceux de la Corée du Sud (+134%).
 
Bien sûr, la démographie explique, en partie, cette explosion carbonique. Les Chinois sont 17% de plus qu’en 1990; les Indiens 40% plus nombreux. L’Indonésie, le Brésil, le Mexique, l’Iran ou l’Afrique du Sud comptent un tiers de populations en plus. L’Arabie Saoudite a vu sa population bondir de 70%. Mais ce n’est pas tout.
 
En pleine croissance, les classes aisées et moyennes de ces pays consomment à n’en plus pouvoir et accroissent leur demande d’énergie et leur empreinte carbone. Les rejets per capita de la Chine ont triplé ces 20 dernières années. Un Chinois émet désormais autant de CO2 qu’un Italien ou un Français! Même s’ils sont loin d’un tel record, les Indiens, Sud-Coréens, Indonésiens et Thaïlandais ont, tout de même, doublé leurs émissions personnelles en moins d’une génération.
 
Parallèlement, les anciens pays les plus riches ont suivi un chemin totalement contraire à celui emprunté par les anciennes nations en développement. Grâce à ses nouveaux entrants (les ex-pays de l’Est), l’UE à 27 a allégé de 7% son empreinte carbone, alors que sa population croissait de 6%. Les Etats-Unis ont certes accru leurs émissions de 5%. Toutefois, le nombre d’Américains a progressé d’un quart. Les rejets par habitant américains ont donc diminué de 14% en 20 ans. Pas si mal.
 
Pour résumer, les pollueurs d’hier sont devenus les «vertueux» d’aujourd’hui, pendant que les faibles émetteurs accédaient au podium des pays les plus carbonés.
 
Ce chambardement entrave l’avancée des discussions internationales sur la gouvernance du climat. Ce qui n’est pas de bon augure à 14 mois de l’échéance de la première période d’engagement du protocole de Kyoto.
 
A l’issue du sommet climatique de Copenhague (décembre 2009), une soixantaine de pays émergents ont accepté de prendre des engagements volontaires de réduction d’émission. Ce qui constituait une première en 20 ans de négociations.
 
Confirmée lors du sommet suivant (Cancun), cette promesse est toutefois conditionnée par le fait que les pays riches (ceux de l’annexe 1) rempilent pour de nouveaux engagements contraignants. Le tout dans le cadre du protocole de Kyoto.
 
L’objectif visé étant de limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle.
 
Cette perspective s’éloigne un peu plus chaque jour. Le Japon, la Russie et le Canada (10% des émissions mondiales à eux trois!) rejettent désormais tout allongement de la durée de vie du protocole conclu en décembre 1997. Et certains Etats membres de l’UE sont proches de cette position. Nécessité fait donc loi d’élaborer un autre cadre.
 
Deux options sont actuellement sur le tapis vert: la prolongation de Kyoto, mais avec de faibles engagements, et un accord par lequel les puissances signataires s’engageraient à forger un nouvel instrument juridique d’ici 2015.
 
Une troisième proposition a émergé le 16 septembre dernier, portée par la Norvège et l’Australie. Leur texte propose que tous les pays engagés dans les négociations confirment leurs objectifs de réduction d’émission et précisent les moyens qu’ils utiliseront pour arriver à leur fin. Etant entendu qu’un nouvel accord international devrait être signé dans les années qui viennent. Lequel fixerait des pénalités seulement pour les pays les plus industrialisés.
 
Quoi qu’il en soit, il y a urgence à infléchir la courbe mondiale d’émission. «Rester sous la barre des 2°C par rapport au niveau préindustriel reste possible, affirme Malte Meinshausen climatologue au centre de recherche du climat de Postdam (PIK), mais pour ce faire, les émissions devront commencer à baisser avant 2020.»
Ce qui laisse décidément peu de temps aux négociateurs pour élaborer et signer un nouvel accord international.


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