Les nano argent, retoqués par la justice américaine, irriguent le marché mondial

Le 15 novembre 2013 par Marine Jobert
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Le pictogramme inventé par l'INRS pour indiquer la présence de nanomatériaux.
Le pictogramme inventé par l'INRS pour indiquer la présence de nanomatériaux.
INRS

C’est un revers pour l’industrie des nanotechnologies. Une cour de justice américaine vient d’estimer que l’agence de protection de l’environnement (EPA) n’aurait pas dû autoriser l’usage des nanoparticules d’argent. En donnant 4 ans à un industriel pour fournir des données supplémentaires sur la toxicité de ces nano argent pour la santé humaine et les organismes aquatiques, l’EPA aurait méconnu les règles qu’elle s’était elle-même fixées pour déterminer la sécurité du produit. Elle renvoie l’agence à ses chères études dans ce dossier. «L’EPA n’aurait pas dû autoriser ces nano argent dès le départ, a réagi Mae Wu, avocate du Natural Resource Defense Council, l’association à l’origine de la plainte. C’est une décision de l’agence, parmi tant d’autres, qui font des gens et de l’environnement des cochons d’Inde de laboratoire pour ces pesticides autorisés sans test.»

Nouvel inventaire, forcément parcellaire

Produits antimicrobiens, utilisés dans des habits, des canapés ou des taies d’oreiller, afin de réduire les odeurs et le développement microbien, les nano argent sont les plus usités dans les produits manufacturés aux 4 coins de la planète. Ils se sont répandus dans un contexte réglementaire très flou au plan international, et ce en dépit d’alertes sanitaires (effets néfastes sur le milieu aquatique, perturbation du fonctionnement des stations d'épuration, soupçons d’accroissement du risque de développement de bactéries multirésistantes aux antibiotiques).

Le dernier inventaire du Project on Emerging Nanotechnologies (PEN) du Woodrow Wilson Institute comptabilise désormais 1.628 produits contenant des nanomatériaux sur le marché mondial, dont 440 au niveau européen. La grande majorité concerne les domaines des produits de beauté, de la parapharmacie, de l'habillement et des cosmétiques.

Etiquetage lacunaire

Une comptabilité forcément lacunaire, puisque ne sont répertoriés que les produits explicitement étiquetés comme contenant des nanomatériaux. Or seule l’Europe impose que soit mentionnée leur présence, et ce pour quelques catégories de produits seulement. A savoir les cosmétiques depuis juillet 2013, les biocides depuis septembre 2013; ce sera au tour de l'alimentation en décembre 2014. Autre écueil: la définition même de ce qu’est un nanomatériau achoppe toujours sur des questions de taille. Cette définition («se situant entre 1 et 100 nanomètres») ne satisfait pas les associations de protection des consommateurs, qui considèrent que la taille limite supérieure est trop restrictive et contestent la possibilité pour les industriels d’exciper du secret industriel pour taire certaines informations.

Evaluation européenne en cours

Pour la France, le PEN ne recense que 32 produits, quand l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) en avait recensé près de 240 entre novembre 2008 et mai 2009, sans en rendre la liste publique, rappelle Veille Nanos, une lettre d’information publiée par l’association de veille et d'information civique sur les enjeux des nanosciences et des nanotechnologies. L’agence avait annoncé pour 2013 une évaluation de risques relative aux nano-argent et une note de synthèse du groupe d’experts permanent «nanomatériaux et santé», visant à actualiser les expertises précédemment rendues sur le sujet. Depuis le 1er janvier 2013, entreprises et laboratoires français ont désormais l’obligation de déclarer sur un site dédié les quantités et les usages des nanomatériaux qu’ils produisent, distribuent ou importent sur le territoire français. Le dispositif a notamment pour objectif de disposer d’une meilleure connaissance du marché et des volumes commercialisés (à partir de 100 grammes). «Plus d'un millier de produits de notre vie courante contiennent des nanomatériaux», rappelait alors le ministère de l’écologie. La Commission a annoncé récemment la mise en œuvre d’une consultation entre avril et juin 2014 sur le sujet, dans le contexte d’une évaluation d’impact afin de définir et d’élaborer les moyens les plus appropriés pour accroître la transparence et assurer l'encadrement des nanomatériaux.

 

 



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