Les mystères du méthane demeurent

Le 23 août 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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On l’oublie trop souvent, le méthane est un puissant gaz à effet de serre. Ce gaz que l’on retrouve dans nos gazinières (il est le principal composant du gaz naturel), dans les décharges d’ordures ménagères (sous forme de biogaz) est aussi le fruit des activités agricoles (élevage et riziculture, notamment). Au total, nous rappelle le Giec[1], ce gaz, dont le pouvoir de réchauffement global est 25 fois supérieur à celui du CO2, représente 14,3% des émissions mondiales de GES anthropiques. Pas négligeable, donc.
Mais ce GES reste, à bien des égards, encore très mystérieux. Pour preuve: la récente publication, dans le même numéro de Nature, de deux études portant sur les fluctuations inexpliquées des émissions de CH4.
Depuis la révolution industrielle du XVIIIe siècle, la concentration dans l’atmosphère de méthane a connu une vertigineuse ascension: +150%, contre moins de 40% pour le CO2. Problème: depuis deux décennies, la croissance des émissions tend à diminuer, voire à se stabiliser, pour des raisons inconnues.
 
Deux équipes ont tenté de résoudre le mystère. D’un côté, Fuu Ming Kai (centre de recherche du MIT à Singapour) et ses collègues, de l’autre Murat Aydin et ses confrères de l’université de Californie.
 
Les premiers se sont intéressés aux émissions des rizières asiatiques, situées au nord de l’Equateur. Ils considèrent que le remplacement progressif du lisier par des engrais de synthèse, associé à un meilleur usage de l’eau, explique la moitié de la baisse des émissions de méthane dans l’hémisphère nord.
 
Leurs confrères californiens ont traqué le méthane d’une tout autre façon: en mesurant les concentrations d’éthane dans les névés d’Arctique et d’Antarctique. Emis lors de la combustion d’un hydrocarbure, cet alcane, proche du méthane, est facile à quantifier. Pour ces deux raisons, il constitue un bon traceur du méthane. Pour Murat Aydin, c’est l’accroissement de la consommation de gaz naturel, au détriment du charbon, qui expliquerait le ralentissement du taux de croissance des rejets de méthane.
 
Bref, changement de combustible fossile ou de mode de culture du riz, le débat reste entier. Car les climatologues ne semblent emballés par aucun des deux résultats. Pour Jérôme Chappellaz, directeur de recherche au CNRS (laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement), les deux travaux présentent des biais. «Avec seulement 40 stations de mesure du méthane dans le monde, notre connaissance des émissions anthropiques de méthane reste très imparfaite. D’autre part, le modèle qui a été utilisé pour évaluer les fluctuations d’émissions d’éthane est très rudimentaire. Et les mesures d’éthane dans les névés donnent des résultats peu fiables.»
 
Bref, dans un cas comme dans l’autre, les résultats sont basés sur des données très imprécises. Conclusion: pour connaître la(es) véritable(s) raison(s) des fluctuations d’émissions de méthane, il faudra encore poursuivre les recherches. 


[1] Giec : Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat
 


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