Les ministres de la pêche rechignent à appliquer la réforme de la PCP

Le 17 décembre 2014 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La majorité des quotas 2015 ne respectent pas le RMD
La majorité des quotas 2015 ne respectent pas le RMD

Après deux jours de négociations, les ministres de la pêche de l’Union européenne ont acté, dans la soirée du 16 décembre, des quotas 2015 largement supérieurs aux recommandations des scientifiques. En contrepartie, les pêcheurs devraient recourir à des techniques de pêche plus sélectives.

 

Les nouveaux totaux admissibles de capture (TAC) ne permettront pas aux 64 stocks visés d’atteindre un rendement maximum durable (RMD) dès 2015, comme l’avait pourtant acté la réforme de la politique commune de la pêche (PCP) dans le règlement du 11 décembre 2013. «En résumé, lorsque la Commission préconisait de fortes réductions des prises, de l’ordre de 40 ou de 60%, le Conseil a entériné une baisse de 20 à 25%. Et les propositions de réductions modérées ont évolué vers une reconduction des quotas», résume Stephan Beaucher, coordinateur de l’ONG Pew en France.

Parmi les espèces les plus sensibles, la sole pêchée dans la partie est de la Manche voit ainsi son quota 2015 baisser de 28% seulement alors que la Commission européenne avait proposé une réduction de 60%. Même chose pour le cabillaud de la mer Celtique, dont le quota diminue de 26% alors que Bruxelles avait suggéré de le réduire de 64%.

Les TAC 2014 ont été reconduits à l’identique pour la langoustine, la cardine, le lieu jaune, la baudroie, le merlan du golfe de Gascogne et pour la raie dans toutes les zones.

Seule espèce pour laquelle les ministres ne sont parvenus à aucun accord de quota, le bar devra faire l’objet de mesures précises proposées par les Etats membres dans les 6 prochains mois. A Paris, une première réunion avec les pêcheurs est prévue au ministère dès le mois de janvier, selon Stephan Beaucher.

 

18 stocks sur 64 gérés durablement

Adopté à l’unanimité, cet accord favorise d’autant plus la surpêche que les propositions de la Commission européenne dépassaient déjà, en majorité, les recommandations des scientifiques pour permettre aux espèces de se reproduire. Les Etats membres ont donc décidé de reporter de plusieurs années l’application du RMD, alors que 47% des stocks de l’Atlantique sont encore surexploités.

Selon l’ONG Oceana, au total 56% des quotas 2015 ignorent les avis des scientifiques et le nombre de stocks gérés durablement[1] est réduit de 27 à 18. Lasse Gustavsson, directeur exécutif de l’ONG, estime que cet accord est «injustifiable» et représente «un grave recul pour la gestion des pêches européennes».

De son côté, l’ONG Pew souligne l’opacité du processus de décision, avec l’ensemble des réunions organisées à huis clos, et une seule transmission partielle de résultats bruts. «En contrepartie de ces quotas élevés, il semblerait que les pêcheurs soient contraints d’utiliser des techniques de pêche plus sélectives, comme des panneaux à maille carrée de 120 millimètres, ou des filets d’un kilomètre de long au maximum par linéaire de bateau», cite Stephan Beaucher. Autres mesures: l’effort de pêche serait aussi réduit de 10% (en nombre de jours de pêche ou de puissance de bateau) et le dispositif VMS de surveillance des bateaux par satellite serait désormais obligatoire à bord de tout navire, quelle que soit sa taille, pour faciliter les contrôles.

Des mesures qu’il faut encore préciser et confirmer, alors que le secrétariat d’Etat à la pêche n’a pas souhaité répondre aux questions du JDLE.



[1] Respectant le rendement maximum durable

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus