Les micro-algues toxiques, un phénomène mondial

Le 20 octobre 2016 par Stéphanie Senet
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Prolifération des micro-algues à travers le monde en 2011
Prolifération des micro-algues à travers le monde en 2011

L’Unesco a publié, le 19 octobre, le premier recueil de données sur la prolifération des efflorescences algales nuisibles[1], qui appauvrissent les stocks de poissons, détruisent les fermes piscicoles et menacent la santé humaine.



[1] Ou blooms

 

 

En plein essor sur les côtes françaises et américaines, les micro-algues progressent à travers le monde. L’opus de l’Unesco en décrit plusieurs épisodes, observés entre 1990 et 2010 au Japon, en Corée du Sud, à Hong-Kong, dans la mer Adriatique et la Baltique, aux Pays-Bas, à Oman, en Inde et dans l’océan Indien. Toutes les mers côtières sont désormais touchées. «En 1970, les espèces productrices de toxines n’étaient présentes que dans les zones côtières tempérées d’Europe, d’Amérique du Nord et du Japon. Vingt ans plus tard, de nouvelles espèces sont observées dans l’hémisphère sud», écrivent les biologistes marins et les chimistes de l’Ifremer[1] Patrick Lassus, Nicolas Chomérat, Philipp Hess et Elizabeth Nézan.

 

Cinq menaces principales

Au total, cette monographie retient 174 algues issues de 100 espèces différentes, sur les 5.000 algues que contiennent les océans. Ces micro-algues produisent des toxines issues de 24 classes chimiques et peuvent provoquer 11 pathologies chez l’homme, dont des intoxications alimentaires.

Les chercheurs les ont ensuite classées en 5 catégories: les espèces entraînant une élévation de la biomasse et un appauvrissement en oxygène pouvant tuer des organismes marins; les espèces produisant des toxines menaçant l’homme à travers la consommation alimentaire; les espèces nuisibles par contact ou par aérosol; les espèces toxiques pour d’autres organismes marins et celles qui n’entraînent pas de problèmes identifiés mais produisent des toxines.

Leur concentration est parfois si élevée que les pigments des cellules algales modifient la couleur des eaux superficielles. Celles-ci affichent alors une dominante rouge, vert-jaune, ocre, brun-rouille…

 

Eutrophisation, réchauffement, surpêche

Les auteurs attribuent leur prolifération à une eutrophisation croissante liée à l’exploitation intensive des zones côtières, mais aussi à une utilisation grandissante des eaux côtières pour l’aquaculture et la conchyliculture, à l’introduction d’espèces par les eaux de ballast et les transferts internationaux de mollusques bivalves, à une sensibilisation accrue à ces proliférations. Sans oublier l’impact du réchauffement -qui accroît le phytoplancton-, et de la surpêche -qui réduit le zooplancton.

Les toxines contenues dans certaines algues ont déjà tué 19 baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) près de Cap Cod (Massachussetts). L’administration américaine en charge des océans et de l’atmosphère (Noaa) estime que plus de 50% des mortalités inhabituelles sont imputables à des toxines algales. 

Plus largement, les blooms de Dinophysis ont déjà provoqué 1.300 intoxications au Japon entre 1976 et 1982, 5.000 cas en Espagne en 1981, 3.300 cas en France en 1983…

 

Un phénomène contenu au Japon

Cet opus montre aussi que certaines pratiques parviennent à juguler cet essor, comme l’amélioration du traitement des eaux usées ou des technologies de pisciculture. C’est le cas dans la mer intérieure de Seto, au Japon, où un programme de suivi a été mis en place depuis 50 ans. Une réglementation plafonnant les rejets de déchets et de nutriments a réussi à contenir le phénomène à 100 incidents par an depuis 1985.



[1] Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer

 



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