Les mauvais comptes des énergies renouvelables françaises

Le 18 avril 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Faut-il encore investir dans l'éolien?
Faut-il encore investir dans l'éolien?
VLDT

Dans un rapport, la Cour des comptes critique les incohérences des politiques publiques en faveur des énergies renouvelables, leur coût élevé au regard de l’insuffisance de leurs résultats. De quoi éclairer le débat public sur la PPE.

 

C’est un acteur que l’on ne s’attendait pas forcément à entendre à l’occasion du débat public sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), lancé il y a quelques semaines. Et pourtant. En publiant, ce mercredi 18 avril, un bilan du soutien aux énergies renouvelables, la Cour des comptes fait œuvre utile en présentant une certaine vérité des coûts pour la collectivité des aides publiques apportées aux énergies renouvelables, mais aussi à l’efficacité de ces soutiens.

Verdissement progressif

Mandatés par le Sénat, les magistrats rappellent que les énergies vertes n’ont pas toujours été au cœur de la stratégie énergétique tricolore. Il aura fallu les directives européennes de 2001 pour que la France se fixe des objectifs en la matière: ce sera en 2005, avec l’adoption de la loi Pope. Des buts révisés à la hausse avec la loi du 3 août 2009: 23% d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie à l’horizon 2020. Un verdissement encore renforcé par la loi sur la transition énergétique: 32% dans la consommation finale brute d’énergie en 2030.

Pour toute une série de raisons, la France reste à la traîne de ses objectifs, malgré d’indéniables progrès. Entre 2005 et 2016, le volume des énergies vertes est ainsi passé de 9,2% à 15,7% du bouquet énergétique national. Bien, mais encore bien loin des 23% visés pour 2020.

 

Coût de production moyen (hors gestion et raccordement aux réseaux)

Technologies

Prix (€/MWh)

Petites installations photovoltaïques

115 à 187, minorés de 5%/an

Grandes installations photovoltaïques

65 à 85, minorés de 5%/an

Eolien terrestre

65 à 74, minorés de 5%/an

Eolien marin posé

212 à 217

Eolien flottant

220

Petite hydroélectricité

110

Bois énergie

120

Source: Cour des comptes

 

En cause, estiment les rédacteurs, une stratégie inadaptée et coûteuse. La politique française n’a pas su fixer de véritable priorité. Alors que son objectif final est de réduire les émissions de gaz à effet de serre, elle n’a pas tenu compte du très bon facteur carbone de l’électricité française: décarbonée à 90% du fait du nucléaire et de l’hydraulique. Et plutôt que de mettre le paquet sur les renouvelables thermiques (qui auraient concurrencé des combustibles fossiles), les gouvernements ont privilégié les énergies renouvelables électriques. Lesquelles consomment l’essentiel des soutiens publics.

38 milliards d'aides pour le photovoltaïque

En 2016, notent les rédacteurs, éoliennes et centrales solaires ont ainsi bénéficié de 4,4 milliards d’euros d’aides, contre 567 M€ pour les renouvelables thermiques (bois, par exemple). «Les énergies renouvelables thermiques reçoivent aujourd’hui l’équivalent d’un dixième du volume de soutien public consacré aux ENR alors qu’elles représentent 60% de la production nationale hors transports», s’agacent les magistrats. Même s’ils ont sensiblement évolué, notamment avec le remplacement récent des obligations d’achat par le complément de rémunération, les contrats d’achat pèsent longtemps sur la CSPE[1]. «Pour le photovoltaïque, par exemple, les garanties accordées avant 2011 représentent 2 Md€ jusqu’en 2030 (soit 38,4 Md€ en cumulé) pour une production équivalent à 0,7% du mix électrique.»

rien pour l'industrie française

Ces subventions, avantages fiscaux et taxation des énergies fossiles ont-ils bénéficié à l’industrie française? Même pas. Avec la disparition d’Areva et l’absorption d’Alstom par General Electric, il n’y a plus de producteurs français d’éoliennes. Leurs parts de marché étaient de toute façon proches de l’épaisseur du trait. Photowatt, le dernier producteur de cellules photovoltaïques n’a dû sa survie qu’à son rachat par EDF, dicté il est vrai par le gouvernement Sarkozy. Le chiffre d’affaires des ENR n’est pourtant pas nul: de 14 Md€ en 2009, il est passé à 19 Md€ en 2016. Le solde de la balance commerciale française est donc structurellement déficitaire depuis 2009.

10 ans, en France, 3 ans au Danemark

Le développement des renouvelables est aussi entravé par ses parties prenantes. A commencer par les parlementaires et les gouvernements qui ont fait preuve d’une impressionnante productivité en matière de législation, notamment pour encadrer l’éolien. N’oublions pas non plus les opposants aux éoliennes, dont le professionnalisme n’est plus à démontrer. Résultat: il faudra au moins 10 ans aux opérateurs industriels pour (peut-être) mettre en service des éoliennes en mer, soit trois plus de temps, par exemple, qu’au Danemark.

Ces constatations faites, la Cour des comptes formule plusieurs recommandations. D’abord, de définir une «stratégie énergétique cohérente entre les objectifs de production d’énergies renouvelables électriques et l’objectif de la part de l’énergie nucléaire dans le mix». Une stratégie qui pourrait être co-écrite par le gouvernement, le Parlement et un comité ad hoc.

Après avoir rappelé son incapacité à réduire la demande en produits pétroliers, les magistrats préconisent de relever rapidement et significativement la composante carbone des taxes intérieures de consommation d’énergie. La cohérence passe aussi par un sérieux coup de pouce donné au renouvelable thermique. Ce qui nécessite d’augmenter sensiblement le budget du fonds Chaleur, géré par l’Ademe[2].

 

 



[1] CSPE: Contribution au service public de l'électricité

[2] Ademe: Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

 



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