Les Lloyd's nous assurent d'une crise énergétique

Le 12 juillet 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les Lloyds appellent à décarboniser l'économie.
Les Lloyds appellent à décarboniser l'économie.

Dans une étude réalisée avec Chattham House, les Lloyd's appellent gouvernements et entreprises à préparer la révolution énergétique.

Les responsables du marché des Lloyd's ne sont pas de grands bavards. Aussi, quand ces très sérieux organisateurs du plus grand marché mondial de l’assurance tirent la sonnette d’alarme, il y a tout lieu de s’inquiéter. Leur dernière contribution n’est effectivement pas des plus rassurantes. Réalisé en collaboration avec un centre d’études des relations internationales réputé, Chattham House, le dernier rapport des Lloyd's porte sur la sécurité énergétique « durable ».


En une cinquantaine de pages, le document brosse le contexte énergétique actuel et esquisse son futur annoncé. Reprenant presque mot pour mot les discours de certains écologistes, le document rappelle que notre développement s’est construit sur l’accès, presque illimité, d’une source d’énergie carbonée (charbon, pétrole, gaz) et très bon marché. Or, ce temps a vécu, estiment les experts britanniques.


Les cyclones Rita et Katrina nous ont prouvé (en mettant hors circuit une bonne part du système de production et de transformation des hydrocarbures américains pendant plusieurs mois) qu’un événement climatique extrême pouvait gravement perturber notre alimentation en pétrole ou en gaz. L’histoire et la géographie nous rappellent que la plupart des pays producteurs d’hydrocarbures sont politiquement fragiles. Et que les routes qu’empruntent pétroliers, méthaniers et pipelines ne sont pas sans risques.


Les Lloyd's et Chattham House soulignent aussi qu’avec la montée en puissance des grands émergents (Chine, Inde, Brésil, Indonésie), l’accès aux ressources pétrolières, charbonnières et gazières devient plus difficile pour les pays les plus industrialisés. Or, les producteurs d’huile, de houille et de précieuses molécules ne seront probablement pas au rendez-vous fixé par les consommateurs. La raison ? des décennies de sous-investissements, notamment dans les domaines de l’exploration-production pétrolière et gazière et dans les infrastructures de transport (gazoducs et oléoducs). Une critique que l’on peut aussi adresser à nombre de compagnies électriques. Des industriels qui savent pertinemment qu’il se passe au moins une décennie entre le moment où un investissement est décidé et où il fournit ses premiers kilowattheures (kWh).


Reprenant les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie, les auteurs du rapport soulignent que les énergéticiens devront investir 26.000 milliards de dollars (20.691 milliards d’euros) d’ici 2030 pour satisfaire, collectivement, nos besoins énergétiques les plus élémentaires. Pas simple en période de récession.

D’autant que la facture pourrait être plus lourde encore. Car nombre de pays industrialisés se sont engagés à maîtriser leurs émissions de gaz à effet de serre. Ce qui les obligera à investir davantage dans l’efficacité énergétique ou les énergies « bas carbone » ou renouvelables.


Première conclusion du document : « La sécurité d’approvisionnement énergétique est inséparable de la transition vers une économie faiblement carbonée ».

Seconde conclusion : les entreprises doivent tirer les enseignements des niveaux de prix du pétrole enregistrés en 2008. Et se préparer à vivre avec une énergie structurellement chère.

Troisième conclusion : il faut préparer « la troisième révolution industrielle ». Celle-ci aura pour leaders les entreprises et les pays qui se seront libérés de leur addiction au pétrole, comme disait le président George W. Bush. Elle impliquera aussi le bouleversement de nombre de business models. Terminé le juste à temps. Exit la mise sur route des stocks de pièces détachées ou des fruits et légumes. « Les entreprises qui seront capables de s’inscrire dans cette nouvelle réalité énergétique augmenteront leur compétitivité et leur capacité à rebondir », écrivent les auteurs de l’étude


Financée par le secteur privé, cette révolution énergétique ne pourra émerger, pronostiquent les rapporteurs, sans le concours des Etats. Aux gouvernements, estiment-ils, de lancer les politiques et les mesures visant à réduire la consommation d’énergie fossile. Aux grandes capitales de fixer des contraintes carbone réalistes qui permettront tout à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de financer le transfert vers les pays du Sud de technologies propres. L’Europe l’a un peu fait. Mais elle reste désespérément seule. Pour le moment.



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