Les lézards menacés de féminisation

Le 02 juillet 2015 par Romain Loury
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L'agame barbu
L'agame barbu
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Les lézards s’éteindront-ils faute de mâles? Publiée dans Nature, une étude australienne montre que certaines espèces, dont le sexe est en partie déterminé par la température, pourraient être menacées par une rapide féminisation.

Pour les mammifères, le processus est assez simple: XX pour les femelles, XY pour les mâles. Idem pour les oiseaux, dont le mâle est porteur d’une paire de chromosomes ZZ, la femelle d’une paire ZW. Bien plus complexe, le cas des reptiles recèle encore de nombreux mystères. Ces animaux sont bien porteurs de chromosomes sexuels, mais la température à laquelle l’œuf est incubé influe aussi sur le sexe.

Pour compliquer la chose, certaines espèces de reptiles ne se déterminent que par les chromosomes, d’autres que par la température, tandis que chez certains les deux facteurs entrent en jeu. Tel est le cas de l’agame barbu (Pogona vitticeps), un lézard endémique d’Australie: de 22°C à 32°C, ce sont les chromosomes qui dominent, puis au-dessus de 32°C, la température prend le dessus, avec de plus en plus de femelles. A 36°C, on n’observe quasiment plus de mâles à l’éclosion.

Pour la première fois avec des reptiles à l’état sauvage, l’équipe d’Arthur Georges, de l’université de Canberra, vient d’identifier des agames barbus génétiquement masculins, mais sexuellement féminins. Et ils ne sont pas rares: sur 131 individus prélevés dans la nature, 11 étaient des mâles génétiques féminisés in ovo. Tous provenaient du nord de la zone de résidence de l’agame barbu, c'est-à-dire à la frontière enter le Queensland et la Nouvelle-Galles du Sud, là où il fait le plus chaud.

Adieu les ZW!

Les chercheurs ont croisé ces femelles aux chromosomes ZZ, avec des mâles. Résultat étonnant: elles pondent deux fois plus d’œufs que des femelles génétiques, celles de type ZW. Leur progéniture, si elle est exclusivement mâle d’un point génétique (ZZ), voit son sexe uniquement déterminé par la température. Et la transition mâle-femelle s’y fait environ 2°C plus bas.

Difficile de prévoir l’effet qu’aura le réchauffement sur l’évolution de l’espèce, mais il est fort possible que cette espèce, et bien d’autres lézards régis par le même processus, perde rapidement son chromosome W. Exit la différenciation sexuelle génétique: la couleur de la layette ne dépendrait que de la température.

En cas de réchauffement rapide, il y aurait donc le risque de voir émerger une population exclusivement masculine d’un point de vue génétique, mais dont la température croissante entraînerait une forte féminisation. Le phénomène serait déjà en cours: parmi les femelles igames prélevées dans la nature par les chercheurs, 22,2% étaient génétiquement mâles en 2011, contre seulement 6,7% en 2003.



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